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YAAK VALLEY, MONTANA de Smith HENDERSON - Traduction de Nathalie PERRONNY - 18 Août 2016 - Editions BELFOND - 578 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Dans les paysages grandioses du Montana des années 1980, l'histoire d'un homme en perdition confronté à ce que l'humanité a de pire et de meilleur. Héritier des grandes oeuvres de nature writing, un roman qui soulève les contradictions les plus violentes et dérangeantes d'une Amérique qui préfère ignorer ses marginaux. Portée par une écriture tour à tour sauvage, brutale et poétique, une révélation..........

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Les premières phrases

Le flic jeta sa cigarette sur la route de terre caillouteuse devant la maison et remit son chapeau d'aplomb en voyant arriver la bagnole poussiéreuse de l'assistante sociale. Derrière la vitre sale, il aperçut de longues mèches blondes et rentra le ventre au cas où la fille au volant ne serait pas trop mal.

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C'est dans la Yaak Valley, au nord des Etats Unis, à la frontière du Canada que nous emmène Smith Henderson. Nous sommes au début des années 80. Carter et Reagan s'affrontent pour la présidence et les USA sont en plein dans une crise de récession. C'est par l'intermédiaire de Pete, un assistant social d'une trentaine d'années, cheveux longs et dégaine peu soignée, que nous allons pénétrer dans cette région. Pete a une immense région à couvrir, un pays aux forêts immenses entourées de montagnes, parsemées çà et là de petites agglomérations qui ont poussées autour de mines abandonnées après que celles-ci aient été exploitées jusqu'au dernier filon. La plupart des personnes dont s'occupe Pete vivent dans des cabanes délabrées, souvent alcooliques ou droguées, souvent les deux. Nous sommes bien loin du rêve américain. C'est ainsi qu'il est amené à faire la connaissance de Cecil un adolescent agressif et dérangé qui vit avec sa petite soeur et sa mère toxicomane. Pour ce jeune garçon violent et dangereux pour son entourage Pete n'a pas beaucoup de solutions : le placement dans une famille d'accueil qui voudra bien le recevoir s'il se tient à carreau, ou alors la terrible prison de Pine Hill. Mais parmi ses protégés, il y a pire encore : Benjamin Pearl et son père Jérémiah un fondamentaliste chrétien. Eux vivent en pleine nature loin de toute civilisation en attendant l'Apocalypse qui ne saurait tarder. Pour eux, le diable est partout : dans la télévision, les images et surtout dans l'argent. Pete va mettre longtemps à les apprivoiser et à gagner leur confiance, et encore plus de temps pour savoir ce que sont devenus les autres membres de leur famille.

Pete s'efforce de venir en aide à tous ces gens, à adoucir un peu leurs vies quitte à jongler quelquefois avec la loi et la morale. Il se donne à fond pour tous ces laissés pour compte que la vie n'a pas épargnés. C'est qu'il a une véritable empathie pour tous ces pauvres gens : en effet, il n'est pas beaucoup mieux loti qu'eux. Il a du mal à se remettre du départ de sa femme et de sa fille, son frère est en cavale, recherché par la police, il découvre que sa petite amie a une double vie, et ce qui achève le tableau, sa fille Rachel fait une fugue. Il n'aura de cesse de la retrouver parcourant le pays dès qu'on croit la reconnaitre dans tel ou tel endroit.

Yaak Valley Montana est un roman passionnant de bout en bout. On suit simultanément Pete dans ses rapports avec Cecil et les Pearl, dans sa vie privée, et la fugue de Rachel. L'auteur, ancien éducateur, sait de quoi il parle et à travers une tranche de vie de cet assistant social, nous offre un tableau sombre de la vie que mènent ces exclus et ce à quoi ils sont confrontés : misère, drogue, alcoolisme, inceste......La plupart des personnages de ce roman sont attachants à commencer par Pete qui est loin d'être un saint. Il lui arrive souvent de prendre quelques arrangements avec la loi, et il va lui falloir prendre la défense de certains de ses protégés face à la police et même au FBI. Finalement il n'est pas très différent des êtres dont il s'occupe : débordé par ses problèmes, il décompresse en buvant, souvent plus que de raison. Mails il aime profondément ces personnes, son plus cher désir est de les aider à survivre le plus dignement possible même s'il n'arrive pas toujours à les sortir de leur misère. Il les comprend et ne les juge pas.

J'ai beaucoup aimé ce premier roman, portrait sombre mais tellement humain de l'Amérique des années 80, écrit sans misérabilisme ni complaisance. J'ai été profondément touchée par tous ces personnages qui se débattent dans leur quotidien.

En bref

Un roman magnifique que je ne peux que recommander. Un auteur à suivre.

" Elle mettait le nez dehors uniquement pour empocher son chèque des services sociaux et passer voir son dealer, quelque part dans les hauteurs, à la limite des terres sauvages de la Yaak Valley. Parfois elle sortait s'acheter des céréales. On la croisait en ville toute poudrée de blanc, les lèvres barrées de rouge et des traînées bleuâtres autour des yeux, un drapeau américain abstrait, un commentaire vivant sur son propre pays, ce qu'elle était d'une certaine manière. La plupart du temps, elle planquait sa paranoïa derrière des lunettes d'aviateur et des boas lavande. Au sommet de sa défonce, elle se prenait pour une sorte de créature féérique, et, quand elle redescendait, pour une sorcière inepte, ratée et persécutée."

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Un grand merci à PRICE MINISTER