De Livre en Livres

15 mars 2017

NOUVEAU BLOG

 

 DE LIVRE EN LIVRES a maintenant quatre ans.

C'est l'occasion de lui offrir une nouvelle jeunesse

DE LIVRE EN LIVRES devient donc MEMOIRES DE LIVRES

J'espère que vous me suivrez dans cette nouvelle aventure....

 

 

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07 mars 2017

LE TRIBUNAL DES AMES - Donato CARRISI

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LE TRIBUNAL DES AMES de Donato CARRISI - Traduction de Anaïs BOKOBZA - 2012 - Editions LE LIVRE DE POCHE 2013 - 537 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Rome. Sa dolce vita, son Capitole, ses foules de pèlerins, ses hordes de touristes. Sa pluie battante, ses sombres ruelles, ses labyrinthes souterrains et ses meurtriers insaisissables.
Marcus est un homme sans passé. Sa spécialité : analyser les scènes de crime pour déceler le mal partout où il se terre. Il y a un an, il a été grièvement blessé et a perdu la mémoire. Aujourd’hui, il est le seul à pouvoir élucider la disparition d’une jeune étudiante kidnappée
Sandra est enquêtrice photo pour la police scientifi que. Elle aussi recueille les indices sur les lieux où la vie a dérapé. Il y a un an, son mari est tombé du haut d’un immeuble désaffecté. Elle n’a jamais tout à fait cru à un accident.
Leurs routes se croisent dans une église, devant un tableau du Caravage. Elles les mèneront à choisir entre la vengeance et le pardon, dans une ville qui bruisse encore de mille ans de crimes chuchotés au coeur du Vatican. À la frontière de la lumière et des ténèbres.

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Les premières phrases

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Le cadavre ouvrit les yeux.

Il était allongé sur le dos. La pièce était blanche, éclairée par la lumière du jour. Sur le mur, devant son lit, trônait un crucifix en bois.

Il observa ses bras étendus le long de ses flancs, sur les raps, blancs également. C'était comme si ses mains ne lui appartenaient pas. Il en souleva une - la droite - et la tint devant ses yeux pour mieux la voir.

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Marcus a perdu la mémoire après que quelqu'un ait tenté de le tuer, mais qui et pourquoi il ne s'en rappelle pas. La seule chose dont il se souvient c'est cela : plusieurs coups de feu, il est touché, il meurt. Lorsqu'il reprend conscience à l'hôpital, un homme est à son chevet : Clemente. C'est lui qui va lui rappeler ce qu'il doit savoir pour continuer à vivre : son nom et sa fonction : profiler.

Sandra fait partie de la police scientifique, sa spécialité, c'est la photographie des scènes de crimes. En étudiant les photos qu'elle a prise, elle est capable de discerner les petits détails qui clochent, ceux qui vont raconter le déroulement du drame.

Tous deux vont se retrouver mêlés à la même enquête : Marcus parce que ses supérieurs sont persuadés qu'il est le mieux placé pour retrouver une jeune fille enlevée par un tueur en série. On a retrouvé celui-ci inconscient suite à une crise cardiaque ; il ne reprendra jamais connaissance et ne pourra pas révéler l'endroit où il la détient. Le temps presse, les jours de la victime sont comptés. Sandra, elle, enquête sur la mort de son mari, tombé du haut d'un immeuble en construction à Rome, alors qu'il était sensé se trouver à Oslo. Au début, ces deux histoires semblent se dérouler en parallèle, puis après bien des tours et des détours se rejoignent.

Le Tribunal des Ames n'est pas un thriller qui se lit tranquillement. Le récit demande un peu de concentration parcequ'au début il semble un peu décousu. Les enquêtes de Marcus et de Sandra se déroulent à Rome de nos jours, chronologiquement, jour après jour et même heure après heure, et sont entrecoupées d'événements antérieurs survenus dans plusieurs autres villes, telles que Paris ou Kiev et mettant en scène d'autres personnages. A part ces indices que l'auteur nous fournit au compte goutte, ce n'est que peu à peu et en même temps que Marcus et Sandra qu'on arrivera à faire un lien entre tous ces éléments.

Après Le Chuchoteur et L'Ecorchée qui ne m'avaient pas complètement convaincue, j'ai vraiment aimé Le Tribunal des âmes. Carrisi y reprend la même construction de l'intrigue "à tiroirs", mais dans un contexte moins glauque. Les personnages principaux ont une vraie personnalité, de vrais caractères et jusqu'à la fin on se demande quelles sont leurs véritables motivations. Ce qui fait l'originalité de ce thriller, c'est aussi la découverte des Pénitenciers et de la Pénitencerie Apostolique appelé aussi Le Tribunal des Ames, un des trois tribunaux de la Curie romaine, celui qui s'occupe des péchés trop graves pour être absous par un simple prêtre. Il est toujours d'actualité...Seul petit bémol : certains points de l'intrigue résolus un peu trop facilement par les enquêteurs. Mais cela n'enlève rien à l'excellence de ce thriller

En Bref

Un excellent thriller : le suspense est omniprésent, les personnages crédibles et attachants. Je recommande.

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04 mars 2017

BILAN de LECTURE de FEVRIER 2017

Voici mon bilan de lecture de Février :

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COUPS DE COEUR :       Les Brumes de l'Apparence de F. DEGHELT

                                Le Monde des Hommes de P.A TOER

J'ai beaucoup aimé :     Le Carrefour des Ecrasés de Claude IZNER

                                Le Tribunal des Ames de Donato CARRISI

J'ai aimé              :      Yellow Birds

Je n'ai pas aimé    :      Le Péché des Anges de Charlotte LINK

                                Les Apparences de Gillian FLYNN

 

 

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02 mars 2017

YELLOW BIRDS - Kevin POWERS

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YELLOW BIRDS de Kevin POWERS - Traduction d'Emmanuelle et Philippe ARONSON - 2013 - Edition LE LIVRE DE POCHE 2014 - 236 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Bartle, 21 ans, est soldat en Irak, à Al Tafar. Depuis l’entraînement, lui et Murph, 18 ans, sont inséparables. Bartle a fait la promesse de le ramener vivant au pays. Une promesse qu’il ne pourra pas tenir… Murphy mourra sous ses yeux et hantera ses rêves de soldat et, plus tard, de vétéran.
Yellow Birds nous plonge au coeur des batailles où se déroule la vie du régiment conduit par le sergent Sterling. On découvre alors les dangers auxquels les soldats sont exposés quotidiennement. Et le retour impossible à la vie civile.

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Les premières phrases

La guerre essaya de nous tuer durant le printemps. L'herbe verdissait les plaines de Ninawa, le temps s'adoucissait, et nous patrouillions à travers les collines qui s'étendaient autour des villes. Nous parcourions les herbes hautes avec une confiance fabriquée de toutes pièces, nous frayant, tels des pionniers, un chemin dans la végétation balayée par le vent.

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Alors que la troisième guerre du Golfe vient de débuter, Bartle a décidé de s'engager dans l'armée américaine, pour changer de vie. Dans le camp d'entrainement, il se lie d'amitié avec Daniel Murphy, surnommé Murph. Les jeunes gens sont alors envoyés en Irak dans la région d'Al Tafar. Leur formation aura été brève, et rien ne les aura préparé à ce qu'ils vont trouver sur place. La peur de se faire tuer,  la peur de ceux qu'ils rencontrent : amis ou ennemis ? Les cadavres qui empestent, les corps mutilés, démembrés, quelquefois piégés. Les copains qui se font descendre, qui deviennent fous, les patrouilles répétées à travers la ville. Et l'impression que rien ne change : hier ils ont repris un quartier à l'ennemi, le lendemain, ils doivent recommencer. De plus Bartle a fait une promesse à la mère de Murph, celle de lui ramener son fils vivant. Et cette promesse va le hanter .....

Kevin Powers a participé à la guerre d'Irak, il sait donc de quoi il parle. A travers la voix de Bartle, il nous plonge dans la réalité sordide de la guerre et dans celle d'un impossible retour à la vie normale une fois revenu au pays. Les chapitres alternent entre l'avant et l'après guerre, et la guerre : l'auteur n'a pas voulu donner une version chronologique du conflit, ni son avis sur celui-ci mais simplement relater l'expérience d'un jeune soldat confronté à un affrontement sur le terrain, dont les enjeux le dépasse.

J'ai trouvé ce récit très violent, très dur. La violence ne réside pas dans les descriptions des scènes de guerre : l'auteur raconte mais ne s'apesantit pas. Elle émane surtout des sentiments et des émotions auxquels sont confrontés les jeunes soldats. Et quand Bartle revient au pays, ce dont il aura rêvé pendant les longs mois passés à se battre en Irak, ses épreuves ne sont pas terminées. Impossible de parler des images qui le hantent à quiconque n'a pas vécu les mêmes événements, personne ne peut comprendre. Impossible de se débarrasser des réflexes nécessaires à sa survie, impossible d'oublier les images, les sons, les odeurs. Comme à la plupart des hommes qui ont vécu la même chose que lui, il lui est impossible de retrouver une vie normale, de faire comme si rien de tout cela n'avait existé.

Yellow Birds est un très beau roman, écrit d'une façon simple et empreint d'une certaine poésie. Mais c'est un récit terrible, éprouvant bien qu'il ne compte qu'un peu plus de 200 Pages.

En Bref

 Un récit qui m'a beaucoup touchée, et d'autant plus parcequ'il est intemporel.

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25 février 2017

EN QUELQUES MOTS - FEVRIER 2017

 

EN QUELQUES MOTS

Etant donné que je n'ai pas le temps de chroniquer toutes mes lectures, j'ai décidé de consacrer quand même quelques mots à celles qui jusque là étaient simplement mentionnées dans mes bilans mensuels. C'est pourquoi j'ai créé cette rubrique....

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couv68371801  LE PECHE DES ANGES de Charlotte LINK - Traduction de Corinne TRESCA - 2011 - Editions FRANCE LOISIRS - 368 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Max et Mario, frères à la beauté angélique, sont absolument identiques – seule Janet, leur mère, parvient à les distinguer. Quand l'un des deux, atteint de troubles psychiatriques, doit être interné, Janet prend une terrible décision afin de protéger sa famille... mais qui pourrait également la détruire.
Des années plus tard, lorsque Mario annonce qu'il part en vacances seul dans le sud de la France, Maximilian panique et décide de s'échapper de l'hôpital... Pourquoi cette soudaine décision ? Qu'arrivera-t-il une fois les deux frères réunis ?

Les premières phrases

Le patron lui expliqua fièrement que le Ringelstone Inn avait été construit en 1533, et qu'il avait été transformé en pub au XVIIème siècle. Depuis, presque rien n'avait changé. Le plafond, très bas, reposait sur de grosses poutres noircies par la suie, les murs enduits de chaux étaient percés de minuscules fenêtres dont les vitres en authentiques culs de bouteille étaient serties de plomb.

L'action s'étire sur une période de trois semaines environ, chaque chapitre consacré à une journée. Pendant que Janet est en Angleterre et renoue avec son passé, son mari doit faire face à un événement angoissant : leur fils Maximilien s'est échappé de l'hôpital psychiatrique où il était interné depuis plusieurs années et Mario son frère jumeau parti dans le midi de la France avec sa petite amie reste injoignable.

Charlotte Link joue sur le phénomène de la gémellité pour entrainer ses lecteurs dans un thriller psychologique sans grande originalité. Tout est convenu dans ce roman. Les personnages sont caricaturaux et souvent peu crédibles, il n'y a pas vraiment de suspense parcequ'on devine les dessous de l'affaire dès le début du récit . J'ai lu ce livre sans grand enthousiasme, seule la toute fin m'a surprise .

Note : 4,5/10

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23 février 2017

LES APPARENCES - Gillian FLYNN

 

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LES APPARENCES de Gillian FLYNN - Traduction d'Héloïse ESQUIE - 2012 - Editions SONATINE - 570 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Nick, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Nick a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Charlie découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Nick ne tarde pas à devenir un suspect idéal.

Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Nick est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

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Les premières phrases

Quand je pense à ma femme, je pense toujours à son crâne. A la forme de son crâne, pour commencer. La toute première fois que je l'ai vue, c'est l'arrière de son crâne que j'ai vu, et il s'en dégageait quelquechose d'adorable. Comme un épi de maïs dur, luisant, ou un fossile trouvé dans le lit d'une rivière.

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Amy et son mari Nick ont quitté New York après avoir été licenciés de leurs emplois respectifs. Ils ont emménagé dans la petite ville du Missipi d'où Nick est originaire et où il a acheté un bar qu'il tient avec sa soeur jumelle Margo, dite Go, dont il est très proche. Amy, elle, n'a pas retrouvé de travail et passe ses journées à la maison. On comprend dès les premières pages que malgré l'image qu'ils en donnent, après cinq ans de mariage leur couple bat de l'aile. C'est justement le jour de leur cinquième anniversaire de mariage qu'Amy disparaît. Volatilisée. La maison est sens dessus dessous, mais toutes ses affaires sont là : papiers, chéquiers, clefs......Plus inquiétant encore, il y a du sang dans la cuisine, son sang. A partir de ces quelques indices, les inspecteurs Boney et Gilpin vont démarrer leur enquête. Et bien sûr c'est Nick, le mari qui va être le premier suspect.

Au rythme de cette enquête, les petits secrets de chacun vont être révélés et nous allons être entraînés dans la vie de couple de Nick et Amy.  Peu à peu le vernis va se craqueler et de profondes zones d'ombre vont apparaître. Les chapitres alternent, donnant tour à tour la parole à Nick qui fait tout pour retrouver sa femme, et à Amy à travers son journal qu'elle a commencé lors de leur rencontre, cinq ans auparavant.

Grosse déception que ce roman dont j'avais lu tant de bien ! Tout n'y est pas mauvais, loin de là. La psychologie des personnages est finement détaillée, l'intrigue en elle-même est intéressante, mais le tout est noyé dans des longueurs..... Pendant tout le premier tiers du livre je me suis ennuyée comme jamais, et arrivée à la page 200 le livre me tombait des mains. J'aime pourtant les thrillers - psychologiques ou non - dans lesquels le rythme est très lent comme les polars nordiques.Mais à force de diluer la sauce, elle perd toute sa saveur. Et là, ce qui devait arriver arriva, j'ai vite perdu le fil de l'intrigue et m'en suis désintéressée. Heureusement un rebondissement vers la moitié du récit m'a redonné de l'espoir et l'envie d'aller jusqu'au bout.Et finalement je ne l'ai pas regretté parceque la deuxième moitié sauve un peu le reste. En plus des longueurs du début, j'ai trouvé les personnages plus antipathiques les uns que les autres : une belle famille de psychopathes. Chacun campe sur ses positions, il n'y en a pas un seul qui évolue au fil des événements pourtant tragiques. Go est la seule exception.

Finalement ce qui m'a le plus plu dans ce roman, c'est la description de l'Amérique actuelle sur fond de crise : cette petite ville aux nombreuses maisons abandonnées, cet immense centre commercial aux boutiques vides et abandonnées, devenu le refuge de tout ce que la ville compte de miséreux et de dealers, ce camping, dernier refuge des laissés pour compte. Et même la maison de Mark Twain que personne ne vient plus visiter.......

En Bref

Pour moi cette lecture est une grosse déception. Je remarque que la plupart des lecteurs l'ont beaucoup aimée, mais qu'il y en a quand même une petite minorité qui a le même avis que moi. Apparemment, c'est un roman que l'on adore ou qu'on déteste.

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19 février 2017

LE MONDE DES HOMMES - Pramoedya Ananta TOER

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LE MONDE DES HOMMES de Pramoedya Ananta TOER - Traduction de Dominique VITALYOS - 2017 - Editions ZULMA

Ce qu'en dit l'éditeur

C’est une longue et belle histoire que « Pram » racontait à ses compagnons de détention sur l’île de Buru, avec ferveur, et un élan vital qu’on partage aussitôt. Une histoire aventureuse et romanesque, une histoire politique aussi, qui nous emmène à Surabaya, en Indonésie, au tournant du siècle.
Minke, jeune journaliste brillant et curieux de tout, y croise le destin d’Ontosoroh, la nyai, concubine d’un riche colon hollandais. Tous deux sont javanais, idéalistes et ambitieux, tous deux rêvent d’une liberté enfin conquise contre un régime de haine et de discrimination, celui des Indes néerlandaises. Deux personnages extraordinaires, aussi attachants que singuliers – au regard d’un monde qui mûrit sa révolution.

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Les premières phrases

On m'appelle Minke.

Mon vrai nom.... pour l'instant, je préfère ne pas le mentionner. Ce n'est pas que j'aie la manie des cachotteries. J'Y ai réfléchi : il n'est pas encore temps de dévoiler qui je suis.

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Le Monde des hommes est le premier volet de Buru Quartet, le seul des quatre ouvrages traduit en français jusqu'à ce jour. L'auteur, Pramoedya Ananta TOER l'écrivit en 1975, après de longues années passées en prison à cause de son engagement nationaliste. C'est pendant ses années de détention qu'il avait petit à petit élaboré ce récit et l'avait raconté à ses co-détenus puisqu'il lui était interdit d'écrire. Quelques années après sa parution, alors que l'Indonésie était devenue indépendante, le livre fut interdit sous prétexte qu'il promouvait le communisme. Il fut finalement réhabilité en 2005 et traduit dans de nombreuses langues.

A la toute fin du 19ème siècle, à Surabaya sur l'île de Java, alors que L'Indonésie est une colonie néérlandaise, Minke fréquente une des meilleurs écoles du pays. Il est un des rares indigènes à avoir le droit à l'éducation, la même que celle des jeunes européens de son âge. Par jalousie, et pour le mettre dans une situation embarrassante, un de ses condisciples Robert Suurhof va l'introduire dans le foyer de Nyai Ontosoroh dont la fille a la réputation d'être la plus belle métisse de la région. La jeune fille va s'éprendre de Minke qui tombera sous son charme. Elle va s'attacher à lui et Minke, touché par sa fragilité, va finir par venir habiter à ses côtés. Minke est javanais, un indigène, c'est à dire qu'il est au plus bas de la société, mais Nyai, elle aussi indigène, est également la concubine d'un européen, ce qui la relègue encore plus bas aux yeux de tous, trainant comme ses consoeurs une réputation de femme débauchée. Minke va tout de suite s'apercevoir qu'elle est très différente de ce que l'on dit d'elle : c'est une femme intelligente, perspicace, autodidacte. Depuis que son maître est devenu fou et s'est éloigné de leur foyer c'est elle qui gère complétement sa ferme et la fait fructifier. Minke va réussir brillamment ses examens et parallélement à ses études va entamer une carrière de journaliste tout en veillant sur la jeune Annelies. La santé de celle-ci est fragile et elle ne peut plus se passer de la compagnie de Minke. Tout entiers à leur amour, ils ne le savent pas, mais leur monde va bientôt s'effondrer.

Minke, ce jeune indigène qui bien que d'ascendance noble, n'a aucun droit dans son pays ni aucune existence aux yeux des occidentaux va tenter de se frayer un chemin entre les codes indigènes ancestraux et les lois érigées par les néérlandais. Très intelligent, très bon élève, il dénote dans son collège où la plupart de ses professeurs blancs l'ignorent. Il pourrait devenir "bupati " comme son père, c'est à dire haut fonctionnaire - dont le pouvoir est extrémement limité et toujours soumis à la discipline des hollandais- , mais il veut être journaliste. Il s'étonne de plus en plus que les agissements des colons néérlandais ne correspondent pas du tout aux valeurs occidentales qu'on lui a inculquées au collège et heurtent l'esprit humaniste et libertaire qu'il y a acquis.

Le Monde des Hommes est un roman magnifique, passionnant....On en apprend beaucoup sur l'histoire et la société de l'Indonésie à cette époque. Une société extrémement cloisonnée, codifiée, où il faut choisit les gestes et les termes à employer selon la classe sociale et la position de la personne à laquelle on s'adresse, classe sociale dont il est bien sûr impossible de sortir. Dans ce roman qui se déroule dans un pays où les colonisateurs blancs sont les maîtres il est beaucoup question d'oppression, de racisme et d'injustice. C'est un récit profondément humain. On sent que l'auteur a vécu ce qu'il raconte : le mépris, l'incompréhension, le sentiment de révolte envers tant de mauvaise foi et d'iniquité. Je n'ai pu m'empêcher de ressentir toutes ces émotions avec le jeune Minke et de ressortir de ma lecture complétement révoltée.

Malgré ses cinq cent pages qui pourraient effrayer certains lecteurs ce livre se lit très vite tant le style de l'auteur est fluide et souple.

Le deuxième volet de la quadrilogie va paraitre chez Zulma en Mars 2017.

Un énorme merci à Babelio et aux Editions ZULMA pour cette belle découverte.

 

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17 février 2017

LES BRUMES DE L'APPARENCE - F. DEGHELT

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LES BRUMES DE L'APPARENCE de Frédérique DEGHELT - 2014 - Editions ACTES SUD - 372 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Quand un notaire de province lui annonce qu’elle hérite d’une masure au milieu de nulle part dans l’isolement d’une forêt, décidée dans l’instant à s’en débarrasser, Gabrielle (parisienne, quarante ans) s’élance sur les routes de France pour rejoindre l’inattendu lieu-dit, signer sans état d’âme actes de propriété et autres mandats de mise en vente, agir avec rigueur et efficacité.
Un paysage, un enchevêtrement d’arbres et de ronces à l’abandon, où se trouve blottie depuis des décennies une maison dont une seule pièce demeure à l’abri du ciel, dix hectares alentour, traversés par le bruissement d’une rivière et d’une nature dévorante. Tel est le territoire que découvre Gabrielle, insensible à la beauté étrange, voire menaçante, des lieux, après des heures de route.
Contrainte de passer la nuit sur place, isolée, sans réseau téléphonique, Gabrielle s’endort sans avoir peur. Mais son sommeil est peuplé de rêves, d’odeurs de fleurs blanches et de présences.
Dans les jours qui suivent, toutes sortes de circonstances vont l’obliger à admettre ce qu’elle refuse de croire : certains lieux, certaines personnes peuvent entretenir avec l’au-delà une relation particulière. Gabrielle en fait désormais partie : elle se découvre médium.

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Les premières phrases

Peut-être qu'à un moment je me suis dit qu'il valait mieux oublier tout ça, ne jamais en parler à personne, continuer ma vie qui, somme toute, me plaisait bien. Peut-être qu'il est impossible d'oublier ce qu'on a vu quand on ouvre une porte sur l'inconnu et qu'on comprend que de l'autre côté il se passe quelque chose d'immense.

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Gabrielle, quarantenaire parisienne pur jus mène une vie heureuse et épanouissante. Mariée à Stan un chirurgien esthétique, mère d'un ado calme et discret, elle a ouvert une agence d'organisation d'événements avec une amie. Sa mère est morte il y a quelques temps dans un accident de voiture et son père mène sa vie aux Etats Unis. Alors quand un notaire de province lui annonce qu'elle a hérité d'une propriété dans un village perdu, elle s'en étonne. Elle n'a jamais entendu parler de cette maison, ni de ce village. A sa connaissance, elle n'a plus aucune famille nulle part. Soucieuse de régler les choses au plus vite : signature chez le notaire et dans la foulée mise en vente du bien, elle prend rendez-vous avec un agent immobilier et se lance sur les routes. Arrivée sur place, elle va aller de surprises en surprises : son domaine s'étend sur plusieurs hectares et il n'y a pas une, mais deux maisons, ou plutôt deux ruines invendables en l'état. Elle découvre aussi qu'elle a une tante, la soeur de sa mère et que c'est d'elle que vient cet héritage. Un héritage empoisonné : son terrain est surnommé "la terre des Brumes" ou "la forêt des sorcières". Ce serait le berceau d'une lignée de sorciers guérisseurs dont elle serait la descendante et héritière de certains dons ....Pas d'hôtel dans ce trou et pire encore la personne qui devait la loger lui claque la porte au nez, pas de réseau non plus, elle est contrainte de passer la nuit sur place dans la seule pièce de la masure qui soit encore à peu près habitable. Et cette nuit va changer sa vie a jamais........

Gabrielle va petit à petit accepter de voir sa vie changer bien malgré elle. Au début elle va essayer de se raccrocher à son quotidien. mais à Paris elle n'a personne à qui se confier : si elle parle, on va la prendre pour une folle ! Heureusement, au village, elle peut compter sur Jean Pierre, l'agent immobilier, qui lui la comprend. Elle va être obligée de constater certains faits, certaines évidences auxquelles elle ne croyait pas jusqu'à lors et malgré elle, va prendre conscience qu'il existe une réalité qui jusqu'à maintenant lui échappait parcequ'elle était invisible. Elle va avancer pas à pas, à tâtons, parfois en reculant parce que tout cela la remplit de crainte, dans un monde inconnu qui va bientôt s'imposer à elle face à un quotidien superficiel et égocentrique. Celui-ci va bientôt s'effondrer la laissant seule et désarmée livrée à l'incompréhension de ses proches.

Les Brumes de l'apparence est le premier livre que je lis de cette auteure. Et quelle découverte ! J'ai littéralement dévoré ce roman. Je n'ai pu m'empêcher de ressentir une grande empathie pour Gabrielle et j'ai assisté avec beaucoup d'émotion à son voyage initiatique et à sa métamorphose. Frédérique DEGHELT a su rendre toutes les étapes de cette transformation grâce à sa plume à la fois sensible et très imagée. Elle nous pousse à nous interroger sur ce qui fait l'importance et le bien fondé de nos vies, à regarder au-delà des apparences.

En Bref

Un roman bouleversant, un vrai coup de coeur ! Il me tarde de découvrir les autres ouvrages de Frédérique DEGHELT.

 

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08 février 2017

LE CARREFOUR DES ECRASES - Claude IZNER

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LE CARREFOUR DES ECRASES de Claude IZNER - 2003 - Editions 10/18 2009 - 285 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Le carrefour des Écrasés, situé entre la rue Montmartre et le Faubourg Poissonnière, porte bien son nom. En ce mois de Novembre 1891, le corps "sans visage" d'une jeune femme est découvert au petit matin sur le carrefour. Tout de rouge vêtue, la jeune femme ne portait pas de chaussures.
ce même jour, un certain Grégoire Mercier, "berger en chambre" rue des Reculettes ( XIIIème arrondissement ), rapporte à Victor Legris, libraire et enquêteur à ses heures, un escarpin rouge de femme, contenant, en guise de semelle, le papier à en tête de la librairie de la rue des Saints-Pères.
Claude Izner, dans cette troisième aventure de l'intrépide Victor Legris et de son truculent commis, Joseph, nous entraîne de nouveaux dans un merveilleux voyage au cœur du Paris du XIXème siècle.

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Les premières phrases

Vite, se passer les mains sous l'eau pour effacer toute trace de confiture.

Après s'être essuyée à la hâte, Melle Bontemps contempla douloureusement l'assiette emplie de barquettes à la fraise, de mokas, d'éclairs, de meringues. Résistant à la tentation, elle l'enferma au fond d'un placard. "Ce soir, pensa- t-elle, quand tout le monde sera couché....."

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Paris, Novembre 1891. Jojo, l'employé de la librairie de Victor Legris reçoit une étrange visite. Grégoire Mercier," berger en chambre" de son état, lui amène un escarpin de femme trouvée par son chien alors qu'il l'accompagnait dans sa tournée. Dans la chaussure rouge, un prospectus mentionnant le nom et l'adresse de la librairie. Le lendemain, un fait divers est à la une de tous les journaux : on a retrouvé, Carrefour des Écrasés, le cadavre d'une femme toute vêtue de rouge, le visage vitriolé, ne portant qu'une chaussure, rouge elle aussi. Cet événement met Kenji Mori, l'associé de Victor, dans tous ses états, ce qui intrigue fortement Victor et Jojo. D'autres cadavres sont découverts, certains portant sur eux des messages énigmatiques et il n'en faudra pas plus à nos deux libraires pour se lancer sur la piste du ou des assassins.

Comme dans les deux précédents ouvrages de la série : Mystère rue des Saints Pères et La Disparue du Père Lachaise, l'enquête est l'occasion de nous faire découvrir le Paris de cette fin de siècle. Nous allons suivre nos fins limiers : Victor entre deux moments passés dans les bras de Tasha, et Jojo qui ne demande qu'à mettre ses dons de détective en application, de Montmartre au Jardin des Plantes, en passant par l'Hospice de la Salpêtrière ou le Dr Charcot soignait les aliénés, et les lieux festifs de la capitale. Nous entrerons avec eux au Moulin Rouge, au cabaret du Chat Noir, là où les artistes et les poètes en goguette se mêlent à la faune locale. Nous croiserons même Toulouse Lautrec, Eric Satie, La Goulue et Valentin le Désossé....Et nous en apprendrons un peu plus sur le passé de Kenji et de Victor.

Bien que j'ai toujours autant de plaisir à lire cette série, j'ai particulièrement aimé cette troisième enquête. Les personnages principaux évoluent bien, les personnages secondaires sont finement décrits. On en retrouve certains, croisés lors d'une précédente enquête, comme Eudoxie Allard anciennement secrétaire au journal Le Passe Partout, devenue Fifi-Bas-Rhin. Même le patois de Grégoire Mercier, encore utilisé à cette époque par certains à Paris est bien rendu. J'ai trouvé l'intrigue plus fouillée,le style plus fluide.

En Bref

Je suis décidement séduite par cette série et j'ai hâte de la poursuivre avec le prochain tome :  Le Secret des Enfants-Rouges.

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LE CARREFOUR DES ECRASES vers 1910

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04 février 2017

MES VRAIS ENFANTS - Jo WALTON

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MES VRAIS ENFANTS de Jo WALTON - Traduction de Florence DOLISI - Janvier 2017 - Editions DENOEL - 339 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Née en 1926, Patricia Cowan finit ses jours dans une maison de retraite. Très âgée, très confuse, elle se souvient de ses deux vies. Dans l’une de ces existences, elle a épousé Mark, avec qui elle avait partagé une liaison épistolaire et platonique, un homme qui n’a pas tardé à montrer son véritable visage. Dans son autre vie, elle a enchaîné les succès professionnels, a rencontré Béatrice et a vécu heureuse avec cette dernière pendant plusieurs décennies. Dans chacune de ces vies, elle a eu des enfants. Elle les aime tous… Mais lesquels sont ses vrais enfants : ceux de l’âge nucléaire ou ceux de l’âge du progrès? Car Patricia ne se souvient pas seulement de ses vies distinctes, elle se souvient de deux mondes où l’Histoire a bifurqué en même temps que son histoire personnelle.

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Les premières phrases

Aujourd'hui : confuse, lut-elle sur sa feuille de soins. Confuse, moins confuse, vraiment confuse..."Vraiment confuse" : deux mots que les infirmières notaient souvent, en abrégeant : VC. Ca la faisait sourire. "VC" comme "Victoria Cross", la plus haute distinction du pays. Son nom figurait aussi sur la feuille - enfin son prénom, seulement : Patricia.

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En 2015 à Lancaster : Patricia Cowan, 90 ans, vit dans une maison de retraite médicalisée. Cela fait déjà quelques années qu'elle n'a plus toute sa tête et qu'elle a besoin d'aide. Elle a beau essayer, elle ne se souvient pas ; pire elle oublie qu'elle a déjà oublié certains événements : la mort d'un de ses petits enfants par exemple.....Et quand elle se penche sur sa vie passée, elle éprouve un sentiment étrange : celui d'avoir vécu deux vies différentes en parallèle. L'une était-elle plus réelle que l'autre, ou avait-elle vraiment vécu les deux ? Les souvenirs de son enfance restaient uniques ; c'est à partir de 1949 que sa vie a bifurqué. Après ses études à Oxford, elle avait trouvé un poste d'enseignante dans une école de jeunes filles dans une petite ville de Cornouailles. Mark son fiancé terminait ses études à Oxford. Un jour elle reçut un coup de téléphone de lui : "J'ai promis de t'épouser et je tiendrai ma promesse. Mais c'est maintenant ou jamais ! " Et elle se souvient de lui avoir répondu : " c'est maintenant" ; mais elle souvient aussi de lui avoir dit  "c'est jamais". Elle passera la première de ces vies avec Mark qui se révélera un époux psycho rigide, peu attentionné, soucieux avant tout de lui faire des enfants. Elle en aura quatre, chaque naissance entrecoupée de plusieurs fausses couches. Dans son autre vie elle deviendra une femme épanouie, passionnée par l'art de la Renaissance, et fera la connaissance de Bee dont elle partagera la vie, assumant son homosexualité, et avec laquelle elle aura trois enfants.

Le récit commence à la maison de retraite, à la -presque- fin de vie de Patricia. Puis dans les chapitres suivants, elle retrace ses souvenirs de jeunesse, jusqu'à la fameuse question : Maintenant ou jamais ? Ensuite les chapitres alternent chronologiquement, l'un consacré à la vie de Pat, puis l'autre à celle de Trish. Deux vies complètement différentes. Mais pas uniquement...l'Histoire aussi évolue différemment, l'orientant logiquement vers des choix différents. Pat va s'investir dans des associations et militer pour un monde meilleur qui finalement va s'orienter vers la paix, alors que dans celui de Trish l'arme nucléaire va être employée de nouveau après la deuxième guerre mondiale.

C'est donc une double uchronie - personnelle et mondiale - sur laquelle Jo Walton bâtit son roman. Elle y évoque ses thèmes favoris : le féminisme et la place de la femme dans la société, l'homosexualité, l'Histoire et ses retombées, heureuses ou non. Après Morwenna et Le Cercle de Farthing, Mes vrais enfants a été un véritable coup de coeur, j'aurai aimé que ce récit ne finisse jamais.....Jo Walton a un réel talent de conteuse, sa plume est fluide, ses personnages sont attachants,et on se projette très facilement dans les univers où ils évoluent.

En Bref

Un vrai coup de coeur. Un roman qui devrait plaire à nombre de lecteurs et pas uniquement aux amateurs de SF.

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