De Livre en Livres

20 septembre 2016

VISA POUR SHANGHAI - QIU Xiaolong

 

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VISA POUR SHANGAI de QIU Xiaolong - Traduction de Aline SAINTON - 2003 - Editions POINTS 2004

Ce qu'en dit l'éditeur

Il y a ceux qui veulent rejoindre les États-Unis coûte que coûte, parfois même au prix de leur vie. Et ceux qui veulent parcourir le chemin inverse pour démanteler les réseaux, qui jettent sur les côtes des cargos chargés d'hommes. Mais il ne suffit pas d'aller à Shanghaï pour contrer les puissantes triades. Car la donne est embrouillée, comme le sont les relations internationales. Washington doit ramener la femme d'un passeur chinois, condition exigée par ce dernier pour qu'il témoigne dans un procès contre l'immigration clandestine. Pékin veut sauver la face et le camarade inspecteur Chen, appelé à l'aide par le Parti, doit servir d'interprète et de guide a Catherine Rohn, l'inspectrice américaine envoyée sur place. Mais voilà, la femme du passeur disparaît, et Chen n'entend pas non plus lâcher une affaire en cours pour les beaux yeux du FBI..

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Les premières phrases

Une fois de plus, Chen, inspecteur principal de la police criminelle de Shangai, reprenait, dans la brume du petit matin, la direction du parc du Bund.

A l'extrémité nord, son entrée principale faisait face à l'Hôtel de la Paix, tandis que l'autre entrée débouchait sur le pont du Waibai, dont le nom, inchangé depuis l'époque coloniale, signifiait littéralement Pont-pour-que-les-Blancs-traversent.

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Cette fois ci, alors qu'il est prêt à démarrer une enquête sur un crime, l'inspecteur Chen se voit attribuer une nouvelle mission. Il doit accompagner, distraire et donner la meilleure vision possible de la Chine à une enquêtrice américaine. Catherine Rohn est chargée de retrouver Wen, l'épouse d'un immigré clandestin afin de la ramener aux USA. Le mari de Wen, arrêté et inculpé dans une affaire d'immigration clandestine, refuse de témoigner tant que son épouse, enceinte, ne l'aura pas rejoint. Abandonnant à regret son enquête sur le cadavre retrouvé dans le parc du Bund, et à contre coeur, Chen va donc faire de son mieux pour aider l'inspectrice Rohn à remplir sa mission. Mais il va vite s'apercevoir qu'on leur met des bâtons dans les roues, et qu'il ne s'agit probablement pas uniquement des triades. Il semblerait bien que certains n'ont pas du tout envie que l'affaire avance...Pourtant les bonnes relations Chine-USA dépendent étroitement des résultats de cette mission.

Deuxième volet des enquêtes de l'inspecteur Chen, après Mort d'une Héroïne rouge, Visa pour Shanghai aborde de nouveau les questions importantes de la Chine contemporaines : les triades, l'immigration massive vers les Etats Unis, la régulation des naissances, la crise du logement. C'est un véritable voyage que nous entreprenons avec Chen et Catherine Rohn dans Shanghaï, ses environs et aussi dans la province du Fujian. En même temps qu'à l'enquêtrice américaine, Chen nous fait découvrir la gastronomie chinoise, la poésie dont il est féru, mais aussi un côté plus sombre de la Chine : les différentes triades aux noms imagés telles "les bambous verts" ou "les haches volantes" et leurs coutumes. Il nous en apprend beaucoup sur la politique du moment, sur la révolution culturelle, la rééducation des jeunes instruits et tout simplement sur la vie quotidienne des chinois. Comme dans Mort d'une héroïne chinoise, l'enquête est bien présente, mais complètement intégrée dans la description de la vie chinoise.

En Bref

Je ne me lasse pas des enquêtes de l'inspecteur Chen, de son goût pour les bons repas et de son amour pour la poésie. Un roman policier à déguster peut être plus pour le voyage en Chine que pour l'intrigue proprement dite.

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Challenge ABC2016 : Lettre Q

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15 septembre 2016

JEUX DE VILAINS - Iben MONDRUP

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JEUX DE VILAINS d'Iben MONDRUP - Traduction de Caroline BERG - AOUT 2016 - Editions DENOEL - 336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Godhavn est une petite ville sur l’île de Disko, située à l’ouest du Groenland. C’est là que s’est installée une famille danoise avec trois enfants qui, chacun à leur manière, tentent de trouver leur place dans cette petite communauté du bout du monde, où cohabitent trappeurs, pêcheurs et chiens de traîneaux faméliques. L’environnement hostile et le climat particulièrement rude ne facilitent pas leur intégration. Il y a Bjørk la fille cadette, capricieuse, égoïste et solitaire, Knut le garçon vulnérable et sensible, et leur grande sœur Hilde, la prunelle des yeux de leur père. Celle-ci tombe amoureuse de Johannes, un garçon de l’île, sauvage et imprévisible. Johannes se lie d’amitié avec la famille, et se retrouve au cœur d’événements violents et inattendus. Iben Mondrup se penche sur la vie secrète des enfants, dont elle dévoile avec poésie, force et émotion les secrets les mieux gardés et les désirs les plus inavouables.

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Les premières phrases

Elle ferme la porte derrière elle. "Voilà on est seuls, annonce-t-elle, plus besoin de parler tout bas"

Elle s'adresse au garçon qui est avec elle dans la pièce. Il ne tient pas en place. Il a l'air de vouloir s'enfuir et pourtant il se glisse sous la couette.

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 A Godhavn, sur la petite ile de Disko située non loin des côtes du Groenland, au milieu de la communauté groenlandaise, vivent quelques familles danoises. Celle des trois enfants que nous allons suivre en fait partie. C'est la fin des vacances scolaires et ils reviennent du Danemark la veille de la rentrée des classes.

La plus jeune, c'est Bjork : une petite fille de huit ans, pleine d'énergie, égoïste comme tous les enfants de son âge. Elle vit sa vie d'enfant sans retenue, avide de nouvelles connaissances et de nouvelles expériences. Ensuite vient Knut. Ce garçon au tout début de l'adolescence est plutôt renfermé, très sensible et même s'il partage beaucoup de complicité avec sa petite soeur qu'il aime tendrement, il peine à trouver sa place à la fois au sein de sa famille mais aussi de cette communauté où les gens sont aussi rudes que le climat. Et enfin c'est Hilde, la fille aînée. A quatorze ans elle est au seuil de la vie d'adulte, elle découvre les premières amours, les premières jalousies. Elle est très attachée à son père dont elle est la préférée, mais aussi à son environnement, au point qu'elle refuse de partir au Danemark pour poursuivre ses études. C'est une jeune fille qui n'a peur de rien, amatrice de longues journées de chasse sur la banquise avec son père et de courses en traîneau.

Ce sont ces trois enfants qui nous introduisent sur cette petite île et dans la vie de leurs habitants. C'est une vie rude et presque austère. Le froid y est glacial pratiquement toute l'année et l'hiver n'est qu'une longue nuit durant laquelle le soleil ne fait qu'une courte et pâle apparition. Il faut économiser l'eau, et la nourriture est constituée presque exclusivement du produit de la pêche, ou de viande de phoque. Les habitants étant peu nombreux, tout le monde sait tout sur tout le monde, les potins vont bon train, les suppositions aussi. Il y a peu de distractions, à part les fêtes organisées chez les uns où chez les autres, le travail est rare et la plupart des familles ne reste pas longtemps sur l'île, pressées de retourner au Danemark. Pendant une année, Bjork, Knut et Hilde nous relatent les mêmes événements, qu'ils vivent chacun d'une manière différente et nous livrent ainsi leurs sentiments et leurs émotions.

Un des points forts de ce roman, c'est sa construction. L'auteur a bâti son récit en trois parties, chacune consacrée à un des enfants. J'ai trouvé particulièrement intéressant d'avoir le point de vue de chacun sur ce qui se passe autour d'eux et sur ce qu'ils vivent individuellement. C'est un roman à la fois sensuel, tendre et dur. Avec les habitants de Godhavn, on ressent le froid glacial, on entend le hurlements des chiens de traîneau et on sent l'odeur de la viande de phoque bouillie, omniprésente. Au résultat c'est une très jolie histoire que nous narre l'auteur avec beaucoup de tendresse et de poésie.

En bref

Une histoire tendre et touchante. On y apprend aussi beaucoup de choses sur la vie dans cette région polaire.

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Vue de Godhavn

 

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09 septembre 2016

LE TIGRE BLANC - A. ADIGA

 

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LE TIGRE BLANC d'Aravid ADIGA - Traduction d'Annick LE GOYAT - 2008 - Editions 10/18 2010 - 318 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Le tigre blanc, c'est Balram Halwai, ainsi remarqué par l'un de ses professeurs impressionné par son intelligence aussi rare que ce félin exceptionnel. Dans son Bihar natal miséreux, corrompu et violent, Balram est pourtant obligé d'interrompre ses études afin de travailler, comme son frère, dans le tea-shop du village. Mais il rêve surtout de quitter à jamais les rives noirâtres d'un Gange qui charrie les désespoirs de centaines de générations. La chance lui sourit enfin à Delhi où il est embauché comme chauffeur. Et tout en conduisant en driver zélé, au volant de sa Honda City, M. Ashok et Pinky Madam, Balram Halwai est ébloui par les feux brillants de l'Inde récente des nouveaux entrepreneurs. L'autre Inde, celle des trente-six millions et quatre dieux, celle des castes, des cafards, des taudis, des embouteillages monstres, des affamés, des éclopés et des laissés-pour-compte de la Shining India du XXIe siècle, finit par avoir raison de son honnêteté. Car, de serviteur fidèle, Balram bascule dans le vol, le meurtre et pour finir... dans l'Entreprise... Roman obsédant écrit au scalpel et à même la chair du sous-continent, Le Tigre blanc, conte moderne, irrévérencieux, amoral mais profondément attachant de deux Indes, est l'œuvre du plus doué des jeunes auteurs indiens.

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Le Tigre Blanc, c'est Balram : alors qu'il fréquentait encore les bancs de l'école de son village, son instituteur avait remarqué son intelligence et sa force de caractère et l'avait surnommé ainsi. Ce jeune indien est né dans la province du Bihar, une région particulièrement pauvre du centre de l'Inde, dans une des castes les plus basses : les Halwai. Il n'a aucune chance d'échapper à un avenir tout tracé par des siècles d'asservissement. Pour survivre, il lui faudra comme tous les hommes de sa famille se louer aux riches, aux puissants pour quelques roupies par jour, à peine de quoi survivre. Du reste, cela commence dès l'enfance ; malgré les dispositions dont il fait preuve à l'école, son père l'en retire parce que le potentat local a décidé que tous devaient travailler pour lui. Il sera donc garçon à tout faire dans un tea-shop. Mais Balram n'est pas Le Tigre Blanc pour rien et il a bien l'intention de quitter "les Ténèbres" dans lesquelles lui et ses semblables vivent pour rejoindre "La Lumière" où évoluent les riches. Bravant les ordres de sa grand mère, une femme despotique qui décide de tout dans la famille, il va se faire embaucher comme chauffeur chez un riche homme d'affaires dont la famille possède des mines. Son travail sera donc de conduire Ashok et sa femme américaine Pinky Madam à travers les rues bondées de New Delhi. Mais pas uniquement......Il va servir aussi à transporter des valises pleines de billets, destinés à corrompre les différents hommes politiques locaux. Dès lors, la tentation est grande. Cela parait si facile : prendre la valise et courir à la gare, ou à l'aéroport et commencer quelque part une nouvelle vie. Dans 'La Lumière" cette fois-ci.....

C'est Balram lui-même qui raconte son histoire. Devenu entrepreneur par des moyens peu recommandables, seul dans son bureau, durant six nuits consécutives, il va envoyer des missives au Premier Ministre chinois qui doit se rendre prochainement dans sa ville, la Chine étant le grand rival de l'Inde dans la course au développement. A travers le récit de Balram, l'auteur fait une description minutieuse de la vie quotidienne des petites gens en Inde en même temps qu'il nous livre sa vision très critique de la démocratie et du capitalisme indiens. Un portrait au vitriol de l'inde moderne, celui d'une société dont les deux tiers des habitants sont plongés dans une misère de laquelle ils n'ont aucun espoir de sortir, méprisés et asservis par ceux qui détiennent le pouvoir et les richesses. Une société étouffée par le poids des traditions, gangrenée par la corruption, où tout s'achète si on on peut y mettre le prix.

Ecrit dans un style léger teinté d'un humour parfois incisif, ce roman est d'une grande force, un véritable coup de poing. Malgré les moyens qu'il emploie (et que je vous laisse découvrir) pour sortir de sa condition Balram est un personnage sympathique et attachant. Il doit se battre comme un tigre pour survivre parce que comme il le dit lui-même, dans ce pays c'est "Manger ou être mangé".

En bref

Une véritable plongée dans l'Inde moderne. Un récit plutôt amoral mais passionnant.

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Challenge Les Couleurs de l'été

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06 septembre 2016

FAILLIR ETRE FLINGUE - Céline MINARD

 

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FAILLIR ETRE FLINGUE de Céline MINARD - 2013 - Editions RIVAGES - 336 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Western des origines, véritable épopée fondatrice, tantôt lyrique, dramatique ou burlesque, ce livre est d'abord une vibrante célébration des frontières mouvantes de l'imaginaire.

Un souffle parcourt l'espace inhospitalier des prairies vierges du Far-West, aux abords d'une ville naissante vers laquelle toutes les pistes convergent. C'est celui d'Eau-qui-court-sur-la plaine, une jeune Indienne dont le clan a été décimé, et qui, depuis, exerce ses talents de guérisseuse aussi bien au bénéfice des Blancs que des Indiens.
Elle rencontrera les frères McPherson, Jeff et Brad, traversant les grands espaces avec leur vieille mère mourante dans un chariot brinquebalant tiré par deux boeufs opiniâtres ; Xiao Niu, qui comprend le chant du coyote ; Gifford à demi enterré dans un nid de poussière ; Elie poursuivi par Bird Boisverd dont il a dérobé la monture ; Arcadia Craigs, la musicienne itinérante, qui s'est fait voler son archet par la bande de Quibble.
Et tant d'autres dont les destins singuliers se dévident en une fresque sauvage où le mythe de l'Ouest américain, revisité avec audace et brio, s'offre comme un espace de partage encore poreux, ouvert à tous les trafics, à tous les transits, à toutes les itinérances.

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Les premières phrases

Le chariot n'en finissait plus d'avancer. La grand mère derrière criait de toutes ses forces contre la terre et les cahots, contre l'air qui remplissait encore ses poumons.

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Le western n'est pas un genre littéraire (ni même cinématographique ) que j'apprécie en temps normal, mais Faillir être flingué est arrivé tout seul dans ma bibliothèque et vu les bonnes critiques que j'avais lues sur différents blogs, je n'ai pas hésité à tenter. Bien m'en a pris, autrement je serai passée à côté d'une véritable pépite.

C'est un bien étrange équipage que l'on découvre dans les premières pages de ce roman. Dans un chariot bâché parcourant les prairies américaines : deux frères, Brad et Jeffrey mènent leur attelage de boeufs ; à l'arrière, leur mère mourante et tantôt dans le chariot, tantôt à la traîne, une jeune fille un peu sauvage recueillie sur le bord du chemin. Chevauchant à côté, Josh, le fils de Brad. On comprend vite que ces personnages ont fui une vie où ils n'avaient rien pour en commencer une autre ou ils peuvent espérer posséder quelque chose. Leur chemin va croiser celui d'autres êtres comme eux, mais aussi des tribus indiennes qui vivent encore dans la région. Pour l'instant, tous ces pionniers ont un même but, arriver jusqu'à la petite ville qui est en train de se construire de bric et de broc au milieu des steppes. Et ils vont s'y rencontrer....

Il ne manque rien dans ce western : le saloon y a bien sûr une place importante, avec ses filles et ses cow boys qui jouent à tirer plus vite que leur ombre. La diligence est régulièrement attaquée, non pas par les indiens qui ont d'autres chats à fouetter, mais par de redoutables bandits. Il y a des vols de chevaux, des massacres entre indiens, des cranes scalpés, des oreilles coupées. Une chamane, seule rescapée de son peuple garde un oeil sur tout ce petit monde et soigne aussi bien hommes que bêtes. Toute une galerie de personnages hauts en couleur.

J'ai littéralement dévoré ce roman. Même si le début est un peu lent - il faut laisser le temps au lecteur de faire la connaissance des personnages, -  le rythme est soutenu et les mésaventures des personnages s'enchainent au gré de leur progression et de leurs rencontres. Tous les codes du western sont là. Mais attention, Faillir être flingué veut bien dire ce qu'il dit : tous les personnages risquent la mort à chaque instant, mais il n'y a  pas de viol, pas de mort violente, même s'il y a quelques oreilles coupés et quelques scalps exhibés avec fierté. Céline Minard revisite le western épique avec humour et poésie et éclaire le genre d'un feu nouveau. Un roman à la fois passionnant, hilarant et jubilatoire.

En bref

Une belle découverte. J'ai bien l'intention de lire d'autres ouvrages de Céline Minard.

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03 septembre 2016

BILAN de LECTURE d'Août

TROIS    Trêve   promesse

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Petit bilan en ce mois d'Août : six livres seulement

COUP DE COEUR :      Faillir être flingué de Céline MINARD

                     Travail soigné de Pierre LEMAITRE

J'ai beaucoup aimé : La promesse des Ténèbres de Maxime CHATTAM

                     Le Mystère de Callander Square d'Anne PERRY

J'ai aimé :          La Trêve de Saïdeh PAKRAVAN

Je n'ai pas aimé :   Trois Femmes puissantes de Marie NDIAYE

 

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02 septembre 2016

TRAVAIL SOIGNE - Pierre LEMAITRE

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TRAVAIL SOIGNE de Pierre LEMAITRE - 2006 - Editions LE LIVRE DE POCHE 2010 - 407 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant, Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D’autres crimes se révèlent, horribles, gratuits… La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la « méthode Verhoeven ». Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes mais celle-ci va le placer totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Jusqu’à la vie même de Camille qui n’échappera pas au spectacle terrible que le tueur a pris tant de soin à organiser, dans les règles de l’art… Prix Cognac, 2006.

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Les premières phrases

- Alice.... dit-il en regardant ce que n'importe qui, sauf lui, aurait appelé une jeune fille.

Il avait prononcé son prénom pour lui faire un signe de connivence mais sans parvenir à créer chez elle la moindre faille.

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Premier roman de Pierre Lemaitre, c'est aussi le premier volet de la trilogie VERHOEVEN. J'ai déjà lu le second, ALEX, sans savoir qu'il s'agissait d'une trilogie, mais ce n'a pas géné ma compréhension, si ce n'est que dans ce premier ouvrage on fait vraiment la connaissance du commandant Verhoeven, de son équipe, et de sa famille.

Camille Verhoeven est un policier peu banal et même atypique. Sa mère ayant beaucoup fumé pendant sa grossesse, il est né hypotrophique et à l'âge adulte, il ne mesure qu'un mètre quarante cinq. Il est obligé d'utiliser des équipements spéciaux mais ce n'est pas pour cela qu'il est moins efficace qu'un autre, au contraire son handicap l'a obligé dès l'enfance à compenser pour rivaliser avec les autres et à faire face à leurs regards.

Les corps de deux jeunes femmes sont découverts, affreusement mutilés, dans un appartement de la banlieue parisienne. L'équipe du commandant Verhoeven est aussitôt dépêchée sur place et commence l'enquête. Apparemment il s'agit de deux jeunes prostituées, mais si l'identité de la première victime est connue, on n'arrive pas à découvrir celle de la seconde.  L'enquête de voisinage ne donne rien, celle effectuée dans le milieu tourne en rond. Jusqu'à ce qu'un indice découvert sur le lieux du crime rappelle quelque chose à Camille : un autre meurtre datant de plusieurs mois, affreux lui aussi, et encore celui d'une jeune prostituée. Il s'agit donc d'un tueur en série, et un de la pire espèce. A part l'indice relevé sur les deux scènes de crime, il y a un autre aspect commun aux deux événements : le tueur reproduit les scènes de crimes décrites dans des classiques de la littérature policière : celle de Courbevoie est exactement la même que ce que décrit Brett Easton ELLIS dans American Psycho. La course contre la montre commence pour Camille et son équipe : il s'agit d'arrêter le monstre avant qu'il ne fasse d'autres victimes

Je ne peux pas attendre plus longtemps pour dire que ce roman a été un véritable coup de coeur. C'est sordide, sanglant, mais rien n'est gratuit et en plus c'est très bien écrit. Le style est soigné, c'est propre, sans bavure, parfaitement maîtrisé. L'auteur a pris un grand soin pour décrire ses personnages, il leur donne une vraie carrure et une vraie existence. Et la cerise sur le gâteau, ce sont les références aux classiques de la littérature policière : Ellory, Ellis, pour ne citer qu'eux.

Travail soigné n'est sûrement pas un thriller qui sort de l'ordinaire, mais si on ajoute à toutes ces qualités : l'action rondement menée, la personnalité de Camille et l'intrigue en elle-même, c'est une lecture incontournable pour tous les amateurs du genre.

En Bref

Travail soigné rassemble tous les ingrédients d'un bon policier. A déconseiller quand même aux lecteurs que les scènes sanglantes rebutent.

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Challenge les couleurs de l'été

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16 août 2016

LA TREVE - S. PAKRAVAN

Trêve

LA TREVE de SaIdeh PAKRAVAN - Aout 2016 - Editions BELFOND - 428 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Plus aucun crime, plus de violence, plus de suicides, plus de crises cardiaques, de viols, de meurtres, d'accidents de voiture, d'agressions. Plus d'appels dans les commissariats, et les urgences des hôpitaux restent vides. La foule enthousiaste danse dans les rues, s'embrasse et scande : " Trêve éternelle ! " Pourtant, deux individus sont hantés par une question : la trêve va-t-elle durer, et si oui... jusqu'à quand ?
À travers le destin prodigieux de ses personnages, La Trêve nous fait vivre vingt-quatre heures aux États-Unis, dans la vie d'un pays transformé en... miracle ? conspiration mondiale ? terrain de jeu extraterrestre ?
Quelle que soit la réponse, Saïdeh Pakravan, l'auteur-monde, nous montre une réalité sans fard, peut-être éloignée de notre quotidien, mais qui est bel et bien la nôtre...

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Les premières phrases

Comme à chaque fois qu'il sombrait dans le sommeil, Simon Urqhart en fut tiré par un sursaut brutal - ce sursaut qui lui faisait redouter chaque nuit de se mettre au lit, ce sursaut qui l'arrachait d'un gouffre au fond de vase que son corps touchait à peine avant de remonter d'un bond pour exploser à la surface tel un lion de mer.

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Imaginez qu'un beau matin en vous réveillant, vous appreniez que depuis minuit, il n'y a eu aucune mort violente ou naturelle, ni agression, ni accident de circulation ou domestique. Vous allumez la télé ou la radio, vous n'entendez parler que de ça, sur toutes les chaines par tous les intervenants, que ce soit des journalistes, des politiques ou des représentants religieux. La trêve, tout le monde n'a que ce mot à la bouche ! Tout le monde en parle mais personne ne connaît sa cause. Les gens sont dans la rue, se congratulent, s'embrassent, klaxonnent.

C'est ce qu'imagine l'auteure dans son dernier livre La Trêve. Les personnages principaux sont un inspecteur de police et une journaliste. De par leur fonction, ce sont eux qui sont le mieux placés pour être au courant de tout ce qui se passe. Au commissariat, les policiers sont désoeuvrés, bien sûr cela ne leur était jamais arrivé jusqu'à maintenant et l'inspecteur Simon Urqart a tout son temps pour renouer avec la journaliste dont il avait fait la connaissance quelques années auparavant.

De 0H à 0H05 le lendemain, chaque chapitre du livre est consacré a un moment que vivent ce jour là plusieurs personnes différentes, comme de petites anecdotes. A un moment de leur quotidien, tout bascule : l'homme violent ne bat pas son épouse et la laisse partir, la femme qui traque le meurtrier de sa famille depuis des mois renonce au dernier moment à le tuer, les cambrioleurs quittent la maison qu'ils s'apprétaient à dévaliser les mains vides. Quelques personnages réapparaissent à plusieurs reprises. En particulier Sam que Jennifer son amie quitte pour Kim son amant. Elle tente de fuir Sam, mais ce n'est pas si simple car celui-ci n'abandonne pas et fait suivre le couple par un détective. Comme quoi certains sont plus récalcitrants que d'autres face à l'esprit de paix et à la sérénité qui s'abat sur le pays ! Bien sûr les personnages se posent des questions : la trêve va t-elle durer ? si oui, combien de temps ? Qui est derrière tout cela ? Et pourquoi particulièrement aux Etats Unis ? Chacun apporte sa réponse qui entraine encore plus de questions : il n'y a plus de morts, mais il n'y a plus non plus de naissances. Les femmes enceintes vont bien devoir accoucher un jour ou l'autre !

Le lecteur, un peu laissé à lui même faute de pistes, ne peut pas s'empêcher de se poser lui aussi ces questions s'il se retrouvait dans cette situation, même si imaginer un tel événement n'est pas chose facile tellement on est habitué à voir la violence monter crescendo dans le monde. Comme les personnages du roman, chacun pourra apporter sa réponse - ou pas.

Je suis restée un peu déstabilisée par ce récit à cause du manque de rythme et de rebondissements et du peu d'épaisseur des  principaux intervenants : le policier et la journaliste, mais j'ai aimé la galerie des personnages très différents les uns des autres. Finalement le personnage principal de ce roman n'est autre que la trêve elle même.

En bref

Un roman atypique, bien écrit. J'ai passé un bon moment de lecture.

A paraitre le 25 Aout 2016

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13 août 2016

TROIS FEMMES PUISSANTES - M. NDIAYE

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TROIS FEMMES PUISSANTES de Marie NDIAYE - 2009 - Editions GALLIMARD - 317 pages -

Ce qu'en dit l'éditeur

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments.

Prix Goncourt 2009

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Les premières phrases

Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitemant sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable.

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Trois femmes, trois portraits, trois récits reliés entre eux par un lieu géographique : Dara Salam un village du Sénégal, ou succinctement par certains personnages . En tous cas, ce sont les femmes et l'Afrique qui sont au coeur de ce roman.

La première des trois femmes, Norah, revient en Afrique à la demande de son père qu'elle n'a pas revu depuis de longues années. Il les a abandonnées en France, elle et sa soeur, alors qu'elle n'avait que huit ans, en emmenant avec lui son jeune frère, et n'a dès lors presque jamais donné de ses nouvelles. Alors qu'elle s'attendait à retrouver un homme despotique mais fier et élégant, elle retrouve un vieillard négligé et ruiné, détruit par un drame familial. Norah est devenue avocate, et c'est de ses talents qu'il va avoir besoin.

La seconde, Fanta a grandi au Sénégal et est devenue professeur de français. Elle a rencontré Rudy et l'a suivi en France, mais a du abandonner son activité faute d'avoir trouvé un poste dans un lycée et elle est contrainte à passer ses journées entières à la maison où elle s'ennuie à mourir. C'est Rudy et ses états  de conscience qu'on suit dans ce récit, Fanta n'apparaissant qu'en filigrane. Rudy est un homme lâche, veule, mauvais mari, mauvais père et il le sait. Spécialiste en littérature médiévale, il n'a pas su se réadapter à la vie française où, faute de mieux, il s'est reconverti en commercial. Il a peur que Fanta le quitte, mais il n'arrive pas à changer son comportement. Pendant les deux cents pages qui lui sont consacrées, il ressasse ses erreurs et ses blessures d'amour propre.

La troisième de ces femmes c'est Khadi Demba. On l'a déjà rencontrée dans la première partie où elle était employée chez le père de Norah. Dans la partie qui lui est consacrée, elle vient de perdre son mari. Sans famille, sans enfant, elle est mise à la porte par sa belle-mère qui veut l'envoyer en France chez sa cousine Fanta. Mais la route de l'exil est parsemée d'embûches et Khadi va en faire l'amère expérience.

Ces trois femmes n'ont pas, comme le titre pourrait le faire penser,  un pouvoir, une possibilité d'agir sur les autres. Le pouvoir c'est sur elles-mêmes qu'elles l'ont : celui de prendre conscience, de pardonner, de se transformer, d'aller jusqu'au bout d'elles-mêmes pour vaincre les épreuves qui leur sont imposées, ou du moins pour en retirer quelque chose qui les grandira. A l'inverse, tous les hommes de ces récits sont présentés comme des êtres veules, lâches, fourbes même, incapables de triompher de l'adversité.

Je me suis profondément ennuyée à la lecture de ce livre.....La première partie, celle où apparaît Norah est assez intéressante et vivante, ce qui m'a poussée à persévérer, mais si le récit avait commencé par le chapitre consacré à Fanta - le plus long- j'aurai sûrement abandonné le livre au bout d'une cinquantaine de pages. En fait je n'ai pu m'attacher à aucune de ces femmes (à part peut être à Norah) qui me sont restées complètement étrangères. C'est sombre, lent, je dirais même inintéressant. Pour ne rien arranger, le style de l'auteur est lourd du fait des phrases longues et alambiquées qu'elle emploie. A plusieurs reprises j'ai été obligée d'en relire certaines parcequ'arrivée à la fin, abreuvée de mots, j'en avais déjà oublié le début.

En bref

Des récits peu intéressants et surtout un style indigeste.

stars-65grises

 

Challenge ABC 2016 : lettre N

abc2016

 

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07 août 2016

LA CITE DES JARRES - A. INDRIDASON

cité

LA CITE DES JARRES d'Arnaldur INDRIDASON - Traduction d'Eric BOURY - 2005 - Editions POINTS 2006- 327 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Un nouveau cadavre est retrouvé à Reykjavik. L'inspecteur Erlendur est de mauvaise humeur : encore un de ces meurtres typiquement islandais, un " truc bête et méchant "
qui fait perdre son temps à la police... Des photos pornographiques retrouvées chez la victime révèlent une affaire vieille de quarante ans. Et le conduisent tout droit à la " cité des Jarres ", une abominable collection de bocaux renfermant des organes...

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Les premières phrases

Les mots avaient été écrits au crayon à papier  sur une feuille déposée sur le cadavre. Trois mots, incompréhensibles pour Erlendur.

Le corps était celui d'un homme qui semblait avoir dans les soixante dix ans.

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Première enquête du commissaire Erlendur, La Cité des Jarres est la cinquième que je viens de lire et certainement celle que j'ai préférée.

 On retrouve le cadavre d'un vieil homme, assassiné dans son appartement d'un coup de cendrier sur la tête, et sur son corps un message : "Je suis lui". Est-ce l'oeuvre d'un fou ? Un crime gratuit ? Celui d'un rôdeur ? d'un illuminé ? Et à quoi correspond cette photo représentant la tombe d'une petite fille retrouvée cachée dans un tiroir. L'homme était chauffeur routier, solitaire. Il ne recevait jamais personne, mais en fouillant un peu, Erlendur découvre vite que l'individu avait un passé chargé. De fil en aiguille, une piste va le mener jusqu'à la cité des jarres, ce local de l'hôpital où sont gardés les bocaux contenant les organes prélevés sur les cadavres. 

Erlendur va mener l'enquête tout en se débattant avec les soucis qui empoisonnent sa vie privée : père divorcé, ses deux enfants sont toxicomanes. Eva Lind, sa fille essaie de se rapprocher de lui, mais il a du mal a trouver les bons mots et les bons gestes envers celle qu'il n'a pas vu grandir. Il patauge dans son enquête, il dort tout habillé, mange mal et le cadre dans lequel il évolue n'est pas fait pour lui remonter le moral. En automne, à Reykjavik, il pleut sans cesse, sauf quand il neige, le vent souffle et il fait froid. Bref, tout est sombre dans ce thriller et ce que va découvrir l'inspecteur Erlendur, bien aidé par Sigurdur Oli et Elinborg, les membres de son équipe, va le plonger encore un peu dans le sordide.

J'ai une certaine affection pour ces thrillers nordiques ou le cadre et les personnages ont autant d'importance que l'intrigue. Ici on découvre un pays dont les habitants ne se confient pas beaucoup, où les communications aussi bien géographiques qu'humaines sont parfois difficiles et l'atmosphère un peu glauque à cause du climat. L'intrigue manque un peu de force et le dénouement est un peu prévisible, mais j'ai aimé tout ce qu'il y avait autour : la personnalité des personnages, l'absence de violence, et comme à chaque lecture j'ai plongé directement dans l'ambiance que l'auteur sait si bien évoquer.

En bref

Un bon Indridasson, bien écrit et agréable à lire.

stars-10stars-4

Challenge Les Couleurs de l'été

couleurs

 

Challenge Petit bac 2016 : Objet

107416690

 

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02 août 2016

BILAN de LECTURE de JUILLET

vaches    filles    PERRY1

 

arslan    NUIT    rever

 

coeur    cité

 

Parmi les huit livres lus ce mois-ci :

COUP DE COEUR : Les filles de Hallows Farm d'Angela HUTH

                le coeur cousu de Carole MARTINEZ

                Rêver de Franck THILLIEZ

J'ai beaucoup aimé : Dans la nuit Mozambique de Laurent GAUDE

J'ai aimé : L'étrangleur de Cater Street d'A PERRY

            La Cité des Jarres d'A. INDRIDASSON

J'ai moins aimé : Arslan de J.M ENGH

 

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