WAGON

LE WAGON d'Arnaud RYKNER - 2013 - Edition BABEL - 151 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

En juillet 1944, l’un des derniers convois de déportés met trois jours pour aller de Compiègne à Dachau. Sur plus de 2 000 hommes entassés dans vingt-deux wagons, plus de 500 mourront dans le voyage. Sur ce fait historique, vécu par un membre de sa famille, Arnaud Rykner fait le pari de la littérature, en inventant le monologue d’un jeune homme de vingt-deux ans qui raconte, au fil des heures, l’enfer vécu.

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Dans son prologue, l'auteur précise "Tout ce qui est raconté ici est vrai. Tout ce qui est inventé ici est vrai aussi. Bien au-dessous de la réalité. Ce n’est pas une fiction." (p. 13) ;  "tout ce qui est raconté est faux. Ce n’est pas un livre d’Histoire. L’Histoire est bien pire. Irréelle. Ceci est un roman." (p. 14).

Juillet 1944. La Libération de la France est proche. Les alliés libèrent les villes françaises les unes après les autres. Les allemands se savent déjà vaincus et pourtant ils continuent à déporter des juifs et des résistants vers les camps de concentration. Le narrateur fait partie du convoi 7909, parti de Compiègne. Un des derniers à destination de Dachau. On en saura peu sur cet homme, à part qu'il aura vingt deux ans dans quelques jours et qu'il a changé son nom. De Weismann, il est devenu Vilar : c'est plus discret par les temps qui courrent. C'est l'été, la chaleur est accablante, cent hommes sont enfermés dans chaque wagon, sans eau ni nourriture. Ils doivent se relayer pour pouvoir s'asseoir, les autres doivent rester debout. Il n'y a pas d'air, seule une petite lucarne couverte de barbelés donne sur l'extérieur. Avec toutes ces conditions épouvantables, les hommes deviennent fous, ils se battent, s'entretuent. Les survivants entassent les cadavres dans une partie du wagon ; l'odeur devient atroce. Lors de l'unique halte, les soldats font sortir les hommes sous la pluie, dans la boue. Ils entreposent les cadavres dans plusieurs wagons, refusant de laisser les corps pour qu'ils soient enterrés en France. Il faut que tous les prisonniers arrivent à destination, vivants ou morts. Dans cet enfer, le jeune homme a peur, il a soif, il essaie de se raccrocher à des souvenirs heureux mais est bientôt rattrapé par la réalité. Alors il se bat, desespère puis retrouve l'espoir, aide les plus faibles, il prie même.

"Nous prions. Nous prions tout haut. Nous prions fort. Je hurle presque les phrases que je me suis forcé à apprendre il n’y a pas si longtemps. Ces mots des autres que j’ai faits miens pour ne pas me trahir. "Notre Père…"
   Notre Père qui êtes aux cieux et pas sur la terre.
   Notre Père qui êtes partout mais pas dans ce wagon.
   Notre Père qui n’êtes pas mon père et certainement pas celui de tous ces morts qui chantent votre louange à leur façon, faite de gargouillis, de bruits de marécage.
   Je récite le Notre Père avec mes camarades.
   Et je m’aperçois qu’il me fait du bien." P. 67.

Ce livre nous conte l'indicible. Bien que l'auteur soit resté sobre dans ses descriptions, rien n'est épargné au lecteur et les phrases très courtes ajoutent encore de la dureté au texte. La lecture en est éprouvante. C'est bouleversant, parfois même insoutenable. On se demande comment les Hommes peuvent verser à ce point dans la cruauté et l'inhumain et jusqu'où ils peuvent aller dans la haine. Après avoir lu ce livre, je crois qu'on est incapable d'oublier de quoi les êtres humains sont capables.

 J'ai l'habitude de noter mes lectures - de manière totalement subjective bien sûr - mais pour celle-ci je ne le ferais pas. Impossible de mettre une note à ce texte.

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