couv22541918

LE MONDE DES HOMMES de Pramoedya Ananta TOER - Traduction de Dominique VITALYOS - 2017 - Editions ZULMA

Ce qu'en dit l'éditeur

C’est une longue et belle histoire que « Pram » racontait à ses compagnons de détention sur l’île de Buru, avec ferveur, et un élan vital qu’on partage aussitôt. Une histoire aventureuse et romanesque, une histoire politique aussi, qui nous emmène à Surabaya, en Indonésie, au tournant du siècle.
Minke, jeune journaliste brillant et curieux de tout, y croise le destin d’Ontosoroh, la nyai, concubine d’un riche colon hollandais. Tous deux sont javanais, idéalistes et ambitieux, tous deux rêvent d’une liberté enfin conquise contre un régime de haine et de discrimination, celui des Indes néerlandaises. Deux personnages extraordinaires, aussi attachants que singuliers – au regard d’un monde qui mûrit sa révolution.

***************************

Les premières phrases

On m'appelle Minke.

Mon vrai nom.... pour l'instant, je préfère ne pas le mentionner. Ce n'est pas que j'aie la manie des cachotteries. J'Y ai réfléchi : il n'est pas encore temps de dévoiler qui je suis.

************************

Le Monde des hommes est le premier volet de Buru Quartet, le seul des quatre ouvrages traduit en français jusqu'à ce jour. L'auteur, Pramoedya Ananta TOER l'écrivit en 1975, après de longues années passées en prison à cause de son engagement nationaliste. C'est pendant ses années de détention qu'il avait petit à petit élaboré ce récit et l'avait raconté à ses co-détenus puisqu'il lui était interdit d'écrire. Quelques années après sa parution, alors que l'Indonésie était devenue indépendante, le livre fut interdit sous prétexte qu'il promouvait le communisme. Il fut finalement réhabilité en 2005 et traduit dans de nombreuses langues.

A la toute fin du 19ème siècle, à Surabaya sur l'île de Java, alors que L'Indonésie est une colonie néérlandaise, Minke fréquente une des meilleurs écoles du pays. Il est un des rares indigènes à avoir le droit à l'éducation, la même que celle des jeunes européens de son âge. Par jalousie, et pour le mettre dans une situation embarrassante, un de ses condisciples Robert Suurhof va l'introduire dans le foyer de Nyai Ontosoroh dont la fille a la réputation d'être la plus belle métisse de la région. La jeune fille va s'éprendre de Minke qui tombera sous son charme. Elle va s'attacher à lui et Minke, touché par sa fragilité, va finir par venir habiter à ses côtés. Minke est javanais, un indigène, c'est à dire qu'il est au plus bas de la société, mais Nyai, elle aussi indigène, est également la concubine d'un européen, ce qui la relègue encore plus bas aux yeux de tous, trainant comme ses consoeurs une réputation de femme débauchée. Minke va tout de suite s'apercevoir qu'elle est très différente de ce que l'on dit d'elle : c'est une femme intelligente, perspicace, autodidacte. Depuis que son maître est devenu fou et s'est éloigné de leur foyer c'est elle qui gère complétement sa ferme et la fait fructifier. Minke va réussir brillamment ses examens et parallélement à ses études va entamer une carrière de journaliste tout en veillant sur la jeune Annelies. La santé de celle-ci est fragile et elle ne peut plus se passer de la compagnie de Minke. Tout entiers à leur amour, ils ne le savent pas, mais leur monde va bientôt s'effondrer.

Minke, ce jeune indigène qui bien que d'ascendance noble, n'a aucun droit dans son pays ni aucune existence aux yeux des occidentaux va tenter de se frayer un chemin entre les codes indigènes ancestraux et les lois érigées par les néérlandais. Très intelligent, très bon élève, il dénote dans son collège où la plupart de ses professeurs blancs l'ignorent. Il pourrait devenir "bupati " comme son père, c'est à dire haut fonctionnaire - dont le pouvoir est extrémement limité et toujours soumis à la discipline des hollandais- , mais il veut être journaliste. Il s'étonne de plus en plus que les agissements des colons néérlandais ne correspondent pas du tout aux valeurs occidentales qu'on lui a inculquées au collège et heurtent l'esprit humaniste et libertaire qu'il y a acquis.

Le Monde des Hommes est un roman magnifique, passionnant....On en apprend beaucoup sur l'histoire et la société de l'Indonésie à cette époque. Une société extrémement cloisonnée, codifiée, où il faut choisit les gestes et les termes à employer selon la classe sociale et la position de la personne à laquelle on s'adresse, classe sociale dont il est bien sûr impossible de sortir. Dans ce roman qui se déroule dans un pays où les colonisateurs blancs sont les maîtres il est beaucoup question d'oppression, de racisme et d'injustice. C'est un récit profondément humain. On sent que l'auteur a vécu ce qu'il raconte : le mépris, l'incompréhension, le sentiment de révolte envers tant de mauvaise foi et d'iniquité. Je n'ai pu m'empêcher de ressentir toutes ces émotions avec le jeune Minke et de ressortir de ma lecture complétement révoltée.

Malgré ses cinq cent pages qui pourraient effrayer certains lecteurs ce livre se lit très vite tant le style de l'auteur est fluide et souple.

Le deuxième volet de la quadrilogie va paraitre chez Zulma en Mars 2017.

Un énorme merci à Babelio et aux Editions ZULMA pour cette belle découverte.

 

stars-10stars-10

coup-de-coeur