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AMERICANAH de Chimamanda NGOZI ADICHIE - Traduction de  Anne DAMOUR - 2015 - Editions FOLIO 2016 - 685 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

«En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire.» Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Elle laisse derrière elle son grand amour, Obinze, éternel admirateur de l’Amérique, qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu’on change de pays, et lorsque la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés ? De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et nous offre une grande histoire d’amour, parcourant trois continents d’un pas vif et puissant.

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Les premières phrases

Princeton, en été, n'avait pas d'odeur, et si Ifemelu appréciait le calme verdoyant de ses nombreux arbres, ses rues propres et ses majestueuses maisons, ses magasins aux prix subtilement exagérés et son air tranquille, immuable de grâce méritée, c'était cette absence d'odeur qui la séduisait le plus, peut-être parceque les autres villes américaines qu'elle connaissait dégageaient toutes des effluves caractéristiques.

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Americanah, c'est le surnom ironique que donnent les nigérians à ceux qui se sont expatriés en Amérique, puis sont revenus dans leur pays. Dans ce roman, l'auteure nous conte l'histoire d' Ifemelu, une jeune nigériane partie aux Etats Unis pour y poursuivre ses études. Elle espère y mener une vie plus facile, plus belle et s'installe chez sa tante, expatriée depuis plusieurs années. C'est lorsqu'elle arrive sur le sol américain qu'Ifemelu prend conscience qu'elle est noire : les gens la voient comme noire avant tout et non comme nigériane. Pour les américains, il n'y a que deux sortes de noirs : les noirs américains et les autres tous confondus : africains, caribéens...Et pour eux, race rime avec classe.....Désireuse de s'intégrer,  elle découvre peu à peu ce qu'une noire africaine doit faire ou ne pas faire pour se conformer aux codes en vigueur. Par exemple si elle veut trouver du travail, il lui faut impérativement défriser ses cheveux ; en effet une personne ayant les cheveux lissés, comme ceux des femmes blanches, est considérée comme plus sérieuse, plus professionnelle. Ifemelu a laissé Obinze,son amoureux, au pays. Lui aussi rêve de l'Amérique, mais il se verra refuser l'entrée de ce pays et devra se contenter de l'Angleterre où il vivra une expérience plutôt décevante. Ifemelu, elle, entre ses différentes expériences professionnelles - elle va finir par tenir un blog -, ses liaisons amoureuses et les dîners chez des amis blancs où règnent le politiquement correct et la condescendance va finir par assez bien s'intégrer sans trop perdre de son identité. Mais elle retournera quand même au Nigéria au bout de treize années et y retrouvera Obinze son premier amour.

Nous suivons Ifemelu depuis sa vie au Nigéria, puis son séjour en Amérique et enfin son retour au pays. La plus grande partie du récit se passe aux Etats Unis où cette jeune femme au caractère bien trempé va finir par trouver ses marques malgré les attitudes racistes et condescendantes des américains qu'elle croise ou même qu'elle fréquente. Pas d'agression ni de provocations, simplement le racisme quotidien, ordinaire, et omniprésent. Avec souvent beaucoup d'humour, l'auteure dresse un portrait impitoyable de la société américaine et nous décrit si bien l'expérience d'Ifemelu que par moment on arrive très bien à s'identifier à elle. J'ai admiré son caractère fort et sa détermination à s'intégrer dans la société malgré tout ce qu'elle voyait et entendait autour d'elle. La plupart des personnages sont sympathiques et attachants : Ifemelu, Obinze, la tante Uju, Dike. Le récit est entrecoupé par des extraits du blog d'Ifemelu dans lesquels elle se livre sans retenue. L'histoire d'amour entre les deux personnages principaux est secondaire mais amène un peu de douceur dans le récit.

En Bref

 Americanah est un roman qui fait réfléchir aux thèmes du racisme, de l'exil et de l'intégration. Mais l'auteur y parle aussi d'amour, d'amitié et d'entr'aide. Malgré quelques longueurs, je l'ai beaucoup apprécié.

stars-10stars-4