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ORPHELINS DE DIEU de Marc BIANCARELLI - 2014 - Editions ACTE SUD - 236 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Résolue à venger son frère, à qui quatre répugnantes crapules ont tranché la langue sans oublier de le défigurer, Vénérande, jeune paysanne au coeur aride, s'adjoint les services de L'Infernu, tueur à gages réputé pour sa sauvagerie, et s'embarque avec lui dans une traque sanguinaire à travers les montagnes corses du XIXe siècle.

Au gré de leur chevauchée vers la tanière des Santa Lucia - la fratrie à abattre -, L'Infernu raconte à sa « disciple » son engagement, jadis, dans l'armée des insoumis, meute de mercenaires sans foi ni loi prompte à confondre patriotisme, geste guerrière et brigandage éhonté, semant terreur et chaos de vallées escarpées en villages désolés, de tavernes et bordels immondes en marécages infestés. L'abandon avec lequel L'Infernu se livre à Vénérande, au terme d'une existence passée à chercher en vain son humanité au-delà du chaos des armes, confère au sanglant baroud d'honneur de ce vaincu de l'Histoire les vertus d'une ultime et poignante transmission, qui culmine lors de l'assaut final.

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Les premières phrases

Une maison en pierres séches posée sur la plateforme arasée, au sommet de la colline. Aucune branche haute des oliviers des coteaux ne parvenait à la masquer rééllement, elle n'avait pas d'âge. La base des murs semblait d'une plus grande ancienneté, indeterminée, composée au fruit de blocs rustiques et quasi cyclopéens qui s'élevaient sur un pan en rétrécissant et en laissant deviner la première existence d'une tour de guet.

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Marc Biancarelli situe l'action de son roman au coeur des montagnes corses, à la fin du 19ème siècle, au moment de la chute du second Empire. Vénérande, une jeune paysanne qui vit avec son frère dans une ferme isolée se met en quête d'un tueur à gages. En effet, alors qu'il gardait ses moutons, le garçon a été attaqué quelques temps auparavant par une bande de malfrats. Non contents de le laisser pour mort, ils lui ont coupé la langue. Le jeune homme a survécu mais les coups qu'il avait reçus à la tête l'ont laissé un peu demeuré et surtout il ne peut plus parler. Pendant deux ans, Vénérande a interprété ses balbutiements et ses gestes pour avoir une description précise de ses agresseurs. Maintenant qu'elle peut à son tour les décrire elle va  s'adresser à Ange Colomba, dit l'Infernu. Ancien mercenaire, puis bandit de grand chemin, devenu tueur à gages autant par nécessité que par goût, réputé dans toute l'île et même au-delà pour sa cruauté et sa sauvagerie, c'est maintenant un homme malade, vieillissant, rongé par l'alcool. Il accepte pourtant le contrat que lui propose la jeune femme ; ce sera le dernier, celui qui lui permettra de se retirer dans un monastère - non pour demander l'absolution de ses crimes - mais pour y mourir dignement.

L'Infernu connait les brigands qui ont attaqué Petit Charles, et entame alors avec Vénérande une longue chevauchée qui va les mener à leur repaire. Chemin faisant il raconte sa vie à la jeune paysanne, ses années de combats, de rapines et de pillage. Petit à petit son récit devient une confession et à l'écouter, Vénérande animée par cet esprit de vengeance, comprend que son propre destin vient de basculer, comme l'a fait autrefois celui d'Ange Colomba.

Orphelins de Dieu est un roman épique, âpre et violent. La plume de Marc Biancarelli tantôt lyrique, tantôt rude comme les chemins abrupts et caillouteux que parcourent ses personnages est toujours imagée. Il brosse si bien les paysages et les portraits que le lecteur se trouve emporté malgré lui aux côtés des personnages dans leur cheminement et même au coeur des batailles.

En Bref

Un récit très fort servi par une écriture puissante.

stars-10stars-6