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LES MORTES-EAUX de Andrew Michaël HURLEY - Traduction de Santiago ARTOZQUI - Mai 2016 - Editions DENOEL - 384 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Angleterre, années soixante-dix. Comme tous les ans au moment des vacances de Pâques, la famille Smith part en pèlerinage avec quelques membres de sa paroisse. Ils se rendent dans une vieille bâtisse sinistre en bord de mer, sous la houlette d'un prêtre, le père Wilfred. Les Smith, des gens très pieux, espèrent en venant là obtenir la guérison de leur aîné, Andrew, déficient mental. Andrew, lui, part explorer les environs du sanctuaire avec son jeune frère. Au cours de leurs escapades, ils font la connaissance des villageois, qui ne cachent pas leur hostilité à l'égard des pèlerins et semblent se livrer à d'obscures activités nocturnes, sortes de rites païens censés guérir les malades. Andrew Michael Hurley dresse une galerie de portraits tous aussi étranges et effrayants les uns que les autres, mélangeant de sinistres autochtones et des pèlerins aussi perturbés que perturbants, et signe ici un roman obsédant et ambigu.

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Les premières phrases

" Il est certain que l'automne avait connu une fin brutale. En quelques heures à peine, un violent coup de vent avait décapé les magnifiques couleurs qui embrasaient le Heath entre Kenwood et Parliament Hill, laissant derrière lui plusieurs cadavres de vieux chênes et de hêtres. "

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 Le récit commence à l'époque actuelle alors que le narrateur, Tonto, a une petite cinquantaine d'années et qu'un fait divers est à la une de tous les médias : à Coldbarrow dans le nord du pays, un glissement de terrain a mis au jour le cadavre d'un enfant. Coldbarrow, c'est la région dans laquelle Tonto se rendait autrefois à Pâques avec ses parents et son frère aîné, accompagnés d'un prêtre et d'un petit groupe de pèlerins. Le but de ce pèlerinage annuel pour ces gens très pieux, c'était d'obtenir la guérison d'Andrew, le frère aîné de Tonto, déficient mental et muet. A la lecture de ce fait divers, les souvenirs affluent à sa mémoire et nous plongent avec lui dans les années 70. Et plus particulièrement en 1976. A chacun de leur séjour, ils s'installaient à Moorings. La maison, inoccupée le reste de l'année, est sinistre et humide, la région sauvage et désolée. A Pâques il y pleut pratiquement tous les jours. La mer est tout près mais dès qu'elle se retire elle dévoile un paysage menaçant fait de marais et de sables mouvants. Tonto et Andrew jouent sur la plage pendant que les adultes organisent leurs journées. Petit à petit des faits étranges vont se produire autour de la maison et dans la région, et surtout les deux garçons vont faire une bien mauvaise rencontre.

Le point fort de ce récit, c'est le cadre, l'ambiance qui s'en dégage : cette côte du Lancashire, sauvage, inhospitalière où si on n'y prend pas garde on se fait rattraper par la marée montante ou engloutir par les sables mouvants. Les habitants ne sont pas plus avenants : fermés, inhospitaliers, menaçants même : on ne sait pas trop à qui on peut faire confiance.  Petit à petit, l'ambiance devient plus lourde. Même parmi les pèlerins, l'humeur n'est pas au beau fixe. Tous très croyants à l'origine- et certains même un peu bigots - ils commencent à se quereller et à ressasser des questions auxquelles ils ne peuvent apporter de réponses. Des événements étranges et inexpliqués se produisent qu'ils tentent de banaliser mais qui les déstabilisent et peu à peu leur foi est mise à rude épreuve. Certains s'y accrochent désespérément alors que d'autres prennent peur et finissent par fuir. On a un peu l'impression de se retrouver plongés au coeur du Moyen Age, alors que sorcellerie et religion se côtoyaient et parfois interféraient entre elles.

Que s'est-il passé durant ce fameux pèlerinage à Coldbarrow ? C'est à travers les yeux de ce gamin de quinze ans qu'on tente de le comprendre. Mais je suis restée sur ma faim concernant le dénouement de l'intrigue. Mon ressenti est complètement personnel mais j'ai trouvé que l'auteur en disait trop ou alors pas assez. Je ne déteste pas les récits dont la fin reste ouverte : à chacun de puiser dans son imagination la fin qu'il veut lui donner, mais ce n'est pas le cas de ce livre. C'est l'ambiguitée de certains événements qui m'a un peu frustrée.

Il n'en reste pas moins que Les Mortes Eaux est un roman à l'ambiance envoûtante, très bien écrit, qui ne peut pas laisser indifférent. L'intrigue n'y est pas très présente, l'atmosphère et les personnages y prennent toute la place.

En Bref

Finalement les mots qui définissent le mieux ce livre sont les derniers figurant sur la quatrième de couverture (que je ne lis jamais en entier avant d'avoir terminé un livre !)  : "un roman obsédant et ambigu " ou ceux du Sunday Express : "un conte folklorique, troublant et atmosphérique".

Malgré ma petite déception, c'est une lecture qui m'a marquée. Plus d'une semaine après l'avoir terminé, il occupe encore mes pensées.

 

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