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LE GARDIEN DE NOS FRERES d'Ariane BOIS - Janvier 2016 - Editions BELFOND - 385 pages 

 Ce qu'en dit l'éditeur

 Rien ne prédestinait Simon et Léna à se rencontrer. Lui appartient à la bourgeoisie juive parisienne, patriote, laïque et assimilée ; il a été maquisard et blessé au combat. Elle est issue d'un milieu de petits commerçants polonais et a réussi à survivre au Ghetto de Varsovie. En 1945, la guerre leur a tout pris. Chacun de leur côté, ils vont accepter une mission très particulière : rechercher des enfants juifs cachés par leurs parents dans des familles, des orphelinats ou des couvents, quand il s'avère que ceux-ci ne rentreront pas des camps. Simon parce que son petit frère Elie a disparu dans des conditions mystérieuses ; Léna car elle espère ainsi redonner du sens à sa vie. Et cela va les entraîner bien au-delà de ce qu'ils auraient pu imaginer. C'est l'histoire de deux jeunes révoltés qui, dans une France exsangue, vont se reconstruire grâce à la force de l'amour. De Paris à Toulouse, d'Israël à New-York, un roman d'aventure porté par le souffle de l'Histoire.

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Les premières phrases

"A six heures, lorsque le réveil sonne, Simon a déjà les yeux grands ouverts. Une habitude prise lors de ses années scoutes. Le New York qu'il préfère semble ainsi n'appartenir qu'à lui."

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Juin 1967 : Alors qu'il admire le lever de soleil sur New York depuis la fenêtre de son appartement new-yorkais, Simon Mandel, un architecte devenu célèbre, arrivé de France il y a une quinzaine d'années se souvient.

En 1944, il a vingt ans et vit au sein d'une famille unie, dans un beau quartier de Paris. L'arrestation de son père, avocat de confession juive, contraint la famille à quitter la capitale pour s'installer à Toulouse. Simon et sa soeur Madeleine s'engagent dans la résistance, Lucien, l'ainé, s'est déjà engagé dans l'armée. Leur mère Marguerite, Elie le petit dernier et Marie Noëlle la nounou, attendront la fin de la guerre et leur retour, terrés dans un petit appartement. Toulouse a beau être en zone libre, le danger rôde partout. Simon va être blessé lors de l'attaque d'un train par sa brigade et va passer de longues semaines à l'hopital. Lorsqu'il en sort, la guerre est terminée mais les siens ont disparu. L'appartement est vide. Il apprend par une voisine que sa mère a été victime d'une rafle, puis que Marie Noëlle est morte d'une crise cardiaque. Mais pas de trace d'Elie........Malgré ses recherches celui-ci reste introuvable. Alors que Simon imagine le pire et qu'il a tant de mal à surmonter sa peine et son angoisse, après avoir multiplié les démarches, il va s'engager chez les dépisteurs, une organisation des Éclaireurs Israélites de France qui s'est donné pour but de retrouver les enfants juifs. Pendant la guerre, beaucoup de ces enfants ont été séparés de leurs parents et confiés à des institutions ou des familles, souvent ballottés des unes aux autres pour leur sécurité. Maintenant que la guerre est terminée, il faut les retrouver et les rendre aux membres survivants de leur famille. Simon va faire équipe avec Léna, une jeune fille fracassée elle aussi par la guerre, seule survivante de sa famille, exterminée dans le ghetto de Varsovie.

L'auteure nous livre ici un roman très documenté sur un aspect inconnu de la dernière guerre mondiale. De nombreux enfants juifs restaient introuvables après la fin de la guerre. Beaucoup avaient été "adoptés" par des familles aimantes qui les considéraient comme leurs enfants, et qui même souvent les avaient fait baptiser. Les plus petits ne gardaient aucun souvenir de leurs parents, d'autres s'étaient sentis abandonnés et menaient une vie heureuse auprès de leur nouvelle famille. Fallait-il les arracher à ceux qui leur avaient donné une nouvelle vie pour les envoyer dans un orphelinat, ou auprès d'une tante ou d'une cousine qu'ils n'avaient jamais vues ? Les avis sont partagés. "Mais il doit rester juif, ses parents sont morts précisément à cause de cela. On les assassine une seconde fois" répond Léna. Pour d'autres, la question de se pose pas : ils ont été exploités, abusés, maltraités par leurs "bienfaiteurs" ravis de profiter d'une main d'oeuvre gratuite. Tous ces petits, déracinés une nouvelle fois, auront du mal à se reconstruire, mais beaucoup retrouveront le bonheur grâce aux parents ou aux maisons d'enfants auxquelles ils seront confiés.

Le Gardien de nos Frères est un très beau roman qui décrit un aspect de l'après-guerre que je ne connaissais pas du tout. A travers les personnages de Simon, Léna et Elie, tous terriblement attachants, l'auteure aborde les thèmes de la guerre et de tous ceux qui lui font cortège : la séparation,  la déportation, le deuil, le déracinement. Elle dresse un tableau de l'après-guerre où malgré la découverte des camps de concentration, l'antisémitisme perdurait fortement, exprimé jusque dans les colonnes des journaux : " Si vous n’êtes pas morts, vos enfants sont morts à vous. Tout est consommé, c’est ici la grande dispersion. Ils vous haïraient d’être revenus, vous ne reviendrez pas ". Mais surtout, elle décrit l'espoir et la hargne qui animaient ces jeunes, leur désir de reconstruction, de renouveau et surtout de préserver une culture et des traditions millénaires.

Ce roman m'a embarqué dans une aventure passionnante et bouleversante. J'ai découvert ici des moments de l'Histoire que je ne connaissais pas.

"Seuls les imbéciles croient qu'on s'habitue.....Le deuil n'est ni une épreuve, ni un concours. On n'en sort pas premier, juste infirme à vie."

Merci beaucoup aux Editions BELFOND.

En bref

Un très beau roman basé sur des faits rééels. J'ai eu du mal à le refermer.

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