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IL RESTE LA POUSSIERE de Sandrine COLLETTE - Janvier 2016 - Editions DENOEL - Collection Sueurs Froides - 302 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Patagonie. Dans la steppe balayée de vents glacés, un tout petit garçon est poursuivi par trois cavaliers. Rattrapé, lancé de l’un à l’autre dans une course folle, il est jeté dans un buisson d’épineux.
Cet enfant, c’est Rafael, et les bourreaux sont ses frères aînés. Leur mère ne dit rien, murée dans un silence hostile depuis cette terrible nuit où leur ivrogne de père l'a frappée une fois de trop. Elle mène ses fils et son élevage d’une main inflexible, écrasant ses garçons de son indifférence. Alors, incroyablement seul, Rafael se réfugie auprès de son cheval et de son chien.
Dans ce monde qui meurt, où les petits élevages sont remplacés par d’immenses domaines, l’espoir semble hors de portée. Et pourtant, un jour, quelque chose va changer. Rafael parviendra-t-il à desserrer l’étau de terreur et de violence qui l’enchaîne à cette famille?

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Les premières phrases

"Parcequ'il était le plus jeune, ses frères avaient pris l'habitude de le poursuivre à cheval autour de la maison, quand la mère ne les voyait pas. Dès que les jumeaux avaient eu assez de force pour l'attraper par le col et le soulever au galop de leurs criollos, c'était devenu leur passe-temps favori. Ils comptaient les points, à celui qui le traînerait jusqu'au coin de la grange, qui dépasserait les vieux bâtiments en bois gris - puis l'arbre mort, puis le bosquet de genêts - avant de le lâcher dans la poussière."

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Dès les premières pages, Sandrine Collette plante le décor : la steppe, immense, à perte de vue. Un lieu où il ne pleut presque jamais, où le vent souffle fort, desséchant la terre et soulevant la poussière. Un endroit où les humains doivent trimer dur pour survivre. Dans une de ces estancias isolées vit la mère, entourée de ses quatre garçons. Les aînés : les jumeaux Mauro et Joaquin; puis vient Steban qu'on surnomme "le débile", celui qui ne parle pas ou rarement et qui quand il ouvre la bouche ne peut aligner deux mots sans bégayer. Enfin le petit : Rafael, né six ans après ses aînés, quelques mois après le départ du père : celui qu'on n'attendait pas, celui qui est de trop, celui qu'on n'aime pas. Dans cette fratrie il n'y a aucune place ni pour l'amour ni pour la tendresse ; seule la loi du plus fort y règne. Et les plus forts, ce sont bien sûr les jumeaux. Forts de leur droit d'ainesse et de leur supériorité physique, ils ne se gênent pas pour tabasser et terroriser les plus jeunes, et surtout le petit Rafael, Steban se rangeant en général à leurs côtés afin d'échapper à leur fureur. Ils ne craignent ni ne respectent qu'une seule personne : la mère. Celle-ci dirige l'exploitation d'une main de fer : distribuant les ordres et les taloches, fermant les yeux quand les jumeaux s'attaquent au petit. C'est que dans cet univers il n'y pas de place pour les faibles. Toute attitude de bienveillance est interprétée comme un geste de soumission. Alors pour survivre il faut se battre : contre les autres, contre la nature, quitte à en mourir....

Sandrine Collette nous livre ici un roman très noir, très dur. On a du mal à concevoir cette famille où la haine remplace l'amour, où la mère considère ses enfants ni plus ni moins que comme du bétail. Il faut qu'ils soient efficaces, rentables et pour cela il faut les nourrir, mais pour le reste : rien ! Je n'ai pu m'empêcher de me demander ce qu'elle avait bien pu vivre pour être autant dénuée de sentiment maternel. A part Steban qui ne s'exprime pas beaucoup et Rafaël, ils se détestent tous et ils se le disent bien. Les deux benjamins sont les seuls à imaginer qu'il puisse exister une vie différente ailleurs qu'à l'estancia. Ils vont continuer à préserver leur rêve et y croire jusqu'au bout.

Les chapitres font alterner les points de vue de ces cinq personnages, nous dévoilant ainsi en direct leurs sentiments, leurs émotions et comment ils réagissent à chaque situation. Dans ce roman, la psychologie des personnages prend au moins autant de place que l'intrigue. L'ambiance de ce huis-clos est lourde, même étouffante alors que paradoxalement  l'espace ou il a lieu s'étend à perte de vue. L'écriture de l'auteure y est pour beaucoup : imagée, directe, tranchante même parfois. Sandrine Collette ne ménage pas ses lecteurs. Malgré le rythme assez lent de l'action, on sent à chaque page que quelque chose couve. Mais l'auteure sait entretenir la tension et faire durer le suspense.

Après Six Fourmis Blanches que j'avais déjà beaucoup aimé, ce thriller a été un véritable coup de coeur.

En bref

Un très bon thriller. Un énorme coup de coeur

Un grand merci aux Editions DENOEL

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