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LE REVE DU VILLAGE DES DING de YAN Lianke - Traduction de Claude PAYEN - 2007 - Editions Philippe PICQUIER - 328 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Sous les rayons du soleil couchant, la plaine du Henan est rouge, rouge comme le sang. Ce sang que vendent les habitants du Village des Ding pour connaître une vie meilleure. Mais, quelques années plus tard, atteints de " la fièvre ", ils se flétrissent et quittent ce monde, emportés par le vent d'automne comme des feuilles mortes. Seul le fils du vieux Ding, qui a bâti sa fortune sur la collecte du sang, continue de s'enrichir en vendant des cercueils et en organisant des " mariages dans l'au-delà " pour unir ceux que la mort a séparés. Le Rêve du Village des Ding est un roman bouleversant. Bouleversant par la tragédie qu'il raconte, bouleversant parce qu'il n'est que la fiction d'une réalité plus terrible encore. C'est l'histoire de centaines de milliers de paysans du Henan contaminés par le sida que l'auteur évoque dans ce roman d'une émotion poignante, traversé de rêves et de prémonitions. " Colère et passion sont l'âme de mon travail ", dit Yan Lianke. Son livre est interdit en Chine et l'auteur privé de parole.

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Les premières phrases

"Sous les rayons du soleil couchant, la plaine du Henan était rouge, rouge comme le sang. C'était la fin de l'automne. Il faisait froid. les rues du Village des Ding étaient désertes.

Les chiens étaient rentrés dans leur niche. Les poules étaient perchées. les vaches étaient depuis longtemps couchées au chaud dans leur étable.

Aucun bruit ne troublait le silence du Village des Ding. la vie ressemblait à la mort. Silence, fin d'automne, crépuscule."

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Le rêve du village des Ding est basé sur une histoire vraie. Dans les années 1990, le virus du sida s'est propagé dans certaines régions de Chine, et en particulier dans le Henan, suite à des collectes de sang non réglementées. Après avoir lu plusieurs rapports sur ces faits que le gouvernement chinois voulait garder secrets, YAN Lianke qui est originaire de cette province a décidé de mener ses propres recherches. Puisqu'il était impossible d'en livrer les résultats de manière directe, il a choisi d'opter pour la fiction et de montrer la vérité au grand jour sous la forme d'un roman.

L'histoire nous est contée par un enfant mort. Il a mangé une tomate empoisonnée par des villageois qui voulaient se venger de son père. En effet ils accusent celui-ci d'être à l'origine de l'épidémie de sida qui décime leur village. Huit ans auparavant, d'abord réticents à donner leur sang, ils ont refusé. Mais Ding Hui a su les convaincre : ils vont gagner beaucoup d'argent, ils pourront se faire construire de belles maisons, et puis leur sang se régénérera : "Une source ne peut pas se tarir". Et les villageois ont commencé à donner leur sang ; d'abord une fois par mois, puis une fois tous les quinze jours, puis plus souvent encore pour gagner encore plus d'argent. Ding Hui lui, ne donnait pas son sang. Il le collectait et le revendait. Contrairement aux autres, il n'est pas tombé malade et à continué à faire de l'argent sur le dos de ses congénères. L'enfant nous raconte donc la tragédie de cette petite bourgade : Le village des Ding. L'origine de l'épidémie, les villageois qui meurent les uns après les autres et leur désir de vengeance. Au milieu de tout cela, il y a le grand père, le professeur Ding. C'est un vieux sage qui n'a pas donné son sang. Il est confronté à la haine des villageois qui se vengent sur lui et à la honte qu'il éprouve d'être le père de celui qui a provoqué tant de morts. Il voit s'effondrer toutes les valeurs en quoi il croyait.

YAN Lianke nous livre ici un regard désespéré sur l'homme en général, mais aussi sur la politique de son pays. Les villageois meurent victimes de leur propre cupidité, encouragés à donner leur sang par des responsables administratifs encore plus cupides qu'eux. Et même lorsqu'ils savent qu'ils vont bientôt mourir, certains villageois trouvent encore le moyen d'assouvir leur soif de puissance en contestant l'autorité du grand père qui cherchait à les aider, et profitent des plus faibles en leur volant de l'argent et de la nourriture. Quant au pays, il n'offre aucune solution aux malades : pas de conseils, pas de soins, pas d'hôpital, pas de remèdes.....

Il y a peu de lumière dans ce récit sombre et quelque peu déprimant. Même le style de l'auteur : fluide, poétique, souvent onirique, ne réussit pas à l'éclairer. C'est peut être pour cela que je n'ai pas pu complètement apprécier cette lecture. Il faut dire que j'ai toujours eu un peu de mal avec la littérature chinoise, je ne sais pas pourquoi......

Même l'auteur dans sa postface nous confie qu'il a été profondément désespéré une fois l'écriture de son roman terminée et qu'il a traversé une période de dépression. Le livre est interdit en Chine.

En bref

Un texte fort, poignant mais sans complaisance, des thèmes très intéressants. A recommander bien que personnellement je n'ai pas été entièrement séduite.

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Cette lecture entre dans le cadre du Challenge ABC 2015 - Lettre Y

 

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