souviens

JE ME SOUVIENS de Martin MICHAUD - 2015 - Editions KENNES - 635 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

À Montréal, juste avant Noel, un homme et une femme meurent le cou transpercé par ce qui semble être un instrument de torture sorti tout droit du Moyen Äge. Auparavant, ils ont entendu la voix de Lee Harvey Oswald, l'assassin présumé du président Kennedy.
Un sans-abri se jette du haut d'un édifice de la place d'Armes. Ayant séjourné à plusieurs reprises en psychiatrie, il prétendait avoir participé, avec le FLQ, à l'assassinat de Pierre Laporte. Sur le toit, avant de sauter, il laisse deux portefeuilles, ceux des victimes.
La série de meurtres se poursuit, les cadavres s'empilent...
De retour à la section des crimes majeurs, le sergent-détective Victor Lessard mène l'enquête avec, pour le meilleur et pour le pire, la colorée Jacinthe Taillon.
Je me souviens parle d'identité à bâtir, de mémoire à reconstituer et de soif d'honneur.

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Les premières phrases

" Référendum, 20 mai 1980.

Je viens de voir René prononcer son discours à la télé, son éternelle cigarette au bec : "Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire : A la prochaine fois". ça m'a fait sourire qu'il ait utilisé mes propres paroles. Je ne le reverrai pas. J'imagine que je devrais ressentir une certaine émotion face à cette situation ou quant au résultat du vote, mais je ne ressens rien. Qu'est-ce qui a vraiment de l'importance ? Ce que je suis ou l'impression que j'en ai ?"

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"Je me souviens" : c'est la devise du Québec, celle qu'on peut lire sous les armoiries du pays, au-dessus de la porte principale de l'Hôtel du Parlement de la ville de Québec. C'est aussi ce que croit entendre Victor Lessard lorsque le suspect qu'il poursuit murmure à son oreille en rendant son dernier souffle.

L'enquête du sergent détective a débuté par deux meurtres particulièrement atroces. Une scientifique retrouvée morte dans un entrepôt, le cou transpercé de part en part, vidée de son sang, et un avocat assassiné dans les mêmes conditions. Quand on retrouve leurs portefeuilles dans les affaires d'un sans-abri qui vient de se suicider, les choses prennent une toute autre dimension. D'autant plus qu'après des recherches menées sur l'arme qui aurait pu causer ces blessures, il est évident qu'il s'agit d'un instrument de torture employé au Moyen Age. Victor Lessard, flanqué de son inséparable adjointe, Jacinthe Taillon et aidé par toute son équipe se lance sur les maigres pistes dont il dispose. Pourtant les indices ne manquent pas. Mais quel est le point commun entre un CD sur lequel on peut entendre la voix d'Oswald après l'assassinat du président Kennedy, un sans-abri ayant fait de nombreux séjours en hôpital psychiatrique, un dessin figurant le jeu du pendu, un instrument de torture du Moyen Age, l'histoire du Québec .....? Un vrai casse-tête ! Les événements s'enchainent, les cadavres s'accumulent ; de plus, Victor Lessard doit aussi faire face à ses problèmes personnels et lutter contre ses vieux démons, particulièrement celui de l'alcool.

Dans ce polar, l'auteur joue avec les nerfs de ses lecteurs : il sème les indices, multiplie les fausses pistes et les suspects. L'intrigue se présente comme un gigantesque engrenage, une sorte de puzzle dans lequel il faut absolument  remettre les événements et les personnages à la bonne place pour pouvoir résoudre l'énigme. Et à chaque fois qu'on pense avoir trouvé, il y a une pièce qui reste, qui n'a pas trouvé sa place. On ne s'y perd pourtant jamais : les chapitres sont très courts, les rebondissements nombreux. Les personnages sont crédibles et très bien campés : Victor Lessard qui semble avoir un passé assez sombre, flic intègre et charismatique en proie à ses anciennes addictions, Loïc encore novice mais plein de bonnes intentions, Gilles Lemaire le père de famille nombreuses, leur chef Paul Delaney dont la femme risque de mourir d'un cancer. Sans compte l'innénarable Jacynthe Taillon : explosive, mal embouchée (elle m'a fait beaucoup rire même si je ne comprenais pas toujours ce qu'elle disait), toujours un sac de chips ou un sandwich à la main, mais fidèle et très efficace, toujours prête à protéger Victor. Je ne parlerai pas des autres personnages pour ne pas risquer de spoiler.

J'ai trouvé que c'était une très bonne idée d'avoir mis un plan sommaire de Montréal au début du livre. Il y a même des photos des lieux où se déroulent le récit. Par contre, bien que cela n'ait pas gêné ma lecture j'aurai aimé avoir la traduction des expressions québécoises qui émaillent les dialogues.

Je me souviens est le premier ouvrage que je lis de Martin MICHAUD, auteur qui jusqu'à maintenant m'était complètement inconnu. C'est une véritable découverte et je remercie beaucoup les éditions HENNES et BABELIO de m'avoir permis de le lire.

En bref

Trois jours après avoir tourné la dernière page, je n'arrive toujours pas à détacher mes pensées du récit. C'est un signe qui ne trompe pas. Je me souviens est un véritable coup de coeur.

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