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LA CACHE de Christophe BOLTANSKI - Août 2015 - Editions STOCK - 335 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

« Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nousmêmes. De la petite comme de la grande histoire. Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels. De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

Que se passe-t-il quand on tête au biberon à la fois le génie et les névroses d’une famille pas comme les autres, les Boltanski ? Que se passe-t-il quand un grand-père qui se pensait bien français, mais voilà la guerre qui arrive, doit se cacher des siens, chez lui, en plein Paris, dans un « entredeux », comme un clandestin ? Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité, du talent et de la liberté bohème ? Comment transmet-on le secret familial, le noyau d’ombre
qui aurait pu tout engloutir ?

La Cache est le roman-vrai des Boltanski, une plongée dans les arcanes de la création, une éducation insolite « Rue-de-Grenelle », de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. Et la révélation d’un auteur.

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Les premiers mots

Je ne les ai jamais vus sortir à pied seuls ou même de conserve. Accomplir cet acte tout simple qui consiste à déambuler le long d'un trottoir. Ils ne s'aventuraient hors de la maison que motorisés. Assis, l'un contre l'autre, à l'abri d'une carosserie, derrière un blindage, même léger. Dans Paris, ils circulaient à bord d'une Fiat 500 Lusso, de couleur blanche. Une voiture simple, maniable, rassurante, à leur échelle, avec sa rotondité, sa taille naine, son compteur de vitesse gradué jusqu'à 120km/h, son moteur bicylindre à l'arrière qui produisait un râle, un toug-toug de vieux canot crachotant.

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Christian Boltanski nous invite à le suivre à travers les pièces de l'appartement de la rue de Grenelle à Paris où il a passé une grande partie de son enfance. Il y évoque ses souvenirs, mais surtout des bribes de la vie de ses grands parents avant qu'il ne soit né. Il tente de reconstituer leur histoire en visitant chacune des pièces, il y évolue en se comparant à un pion sur un plateau de jeu de Cluedo. Chaque pièce a des histoires à livrer, des secrets à confier. Son grand père Etienne qu'il décrit ainsi : "Ce n'était pas un mauvais médecin .....Il redoutait tout autant de  passer à côté du mal que de le trouver. Il n'aimait pas son métier". était le fils d'un immigré russe, probablement originaire d'Odessa en Ukraine. Sa grand mère Marie-Elise, ou Myriam était bretonne, dernière enfant d'une famille pauvre qui l'avait donnée en adoption à une femme aisée pour qu'elle en fasse son héritière. Ils auront quatre enfants, dont Luc le père de l'auteur. Etienne a sans doute été brisé par ce qu'il a vu et vécu dans les tranchées de la première guerre mondiale. Marie-Elise, malgré une enfance malheureuse et la polio contractée à l'âge de trente ans qui l'a laissée très handicapée a gardé une forte personnalité. Ils vont faire de cet appartement un refuge contre le reste du monde. Les enfants ne seront pas scolarisés, ils vont tous vivre ensemble repliés sur eux-mêmes, allant jusqu'à dormir dans la même chambre, les parents dans leur lit et les enfants à leurs pieds par terre sur un tapis. Mais lorsque viendra l'occupation, ce logement transformé en cocon ne sera plus assez sûr. Etienne, juif de naissance, quoique converti au catholicisme se sentira menacé, craindra d'être dénoncé ou victime d'une rafle. Le couple décidera alors d'adopter une solution draconienne : ils vont divorcer et l'annoncer bien fort à tous, le crier sur les toits. Le soir même du divorce, Etienne va quitter la maison, puis revenir quelques heures plus tard en grand secret, et s'enfermer dans une cache aménagée dans un faux plancher : l'entre-deux. Il va y rester à l'insu de tous, sauf de sa femme, durant presque deux ans, jusqu'à la Libération.

J'ai beaucoup aimé suivre l'auteur dans la visite de cet appartement familial qui nous livre ses souvenirs. Christophe Boltanski nous conte l'histoire de ses ancêtres dans laquelle subsistent encore des coins d'ombre : on n'est pas bien sûr du lieu de l'origine de l'arrière grand père, premier arrivé en France, ni de l'âge, ni du nom de l'arrière grand-mère. Etienne et Marie-Elise ont aussi plusieurs identités. Quand on essaie de tirer les choses au clair, tout s'embrouille : les dates figurant sur les documents officiels ne correspondent pas, les certificats se contredisent....On ne peut s'empêcher de s'inquièter sur le devenir de cette tribu à la fois bohème, excentrique et repliée sur elle-même, craignant le monde extérieur. Et pourtant c'est de cette famille Boltanski que sont nés Christian, artiste plasticien et Luc sociologue. Sans compter à la génération suivante : Christophe, grand reporter et auteur de ce récit.

J'ai littéralement dévoré ce "vrai roman", passionnée par l'enquête que mène l'auteur sur cette famille étrange qui est la sienne. Un coup de coeur !

Un grand merci aux Editions STOCK.

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