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LA PERLE ET LA COQUILLE de Nadia HASHIMI - Traduit de l'anglais (Etats Unis) par Emmanuelle GHEZ - 2015 - Editions MILADY - 538 pages

Ce qu'en dit l'éditeur

Kaboul, 2007 : les Talibans font la loi dans les rues. Avec un père toxicomane et sans frère, Rahima et ses sœurs ne peuvent quitter la maison. Leur seul espoir réside dans la tradition des bacha posh, qui permettra à la jeune Rahima de se travestir jusqu’à ce qu’elle soit en âge de se marier. Elle jouit alors d’une liberté qui va la transformer à jamais, comme le fit, un siècle plus tôt, son ancêtre Shekiba. Les destinées de ces deux femmes se font écho, et permettent une exploration captivante de la condition féminine en Afghanistan.

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Les premiers mots

"Shahla nous attendait, postée devant la porte de notre maison dont le métal vert vif rouillait sur les bords.  Elle tendait le cou. Au tournant, Parwin et moi décelâmes le soulagement dans ses yeux. Nous n'avions pas intérêt à être en retard une fois de plus."

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Ce n'est pas une histoire, mais deux que l'auteure nous conte dans ce roman. D'abord celle de Rahima, troisième née dans une famille qui compte cinq filles et pas un seul garçon. Dans ce pays où seuls les hommes ont le pouvoir aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de leur foyer, être fille est une véritable malédiction. N'avoir que des filles aussi....Le père de Rahima a combattu aux côtés d'un chef de guerre, Abdul Khaliq, et lorsqu'il revient chez lui il passe ses journées à fumer de l'opium ; devenu toxicomane, il est incapable d'assumer son rôle de chef de famille. Sans frère, les filles ne peuvent sortir de la maison. Khala Shaima, leur tante, pense alors à la tradition des "bacha posh". Cela consiste à travestir les filles en garçons : cheveux coupés courts, habits masculins, jusqu'à ce qu'elles soient en âge de se marier. Rahima est toute désignée pour devenir une "bacha posh". Elle peut alors aller à l'école, faire les courses pour sa mère, jouer avec les garçons : une liberté provisoire qui va la marquer à vie.

" Ma première course en tant que garçon fut une expérience grisante. On m'envoya au marché pour acheter de l'huile et de la farine......Je me retournai à plusieurs reprises pour observer ma mère et lui faire de joyeux signes, tentant de la convaincre que je pouvais y arriver - et de m'en convaincre par la même occasion."

A cette occasion Khala Shaima va raconter aux filles l'histoire de leur aïeule Shekiba qui passa une partie de sa vie en tant qu'homme. Toute sa famille ayant été décimée par le choléra, son père avait besoin d'un fils pour l'aider au travail de la terre. Plus tard, elle servira comme garde du harem au palais impérial.

Comme leur ancètre, Rahima et ses soeurs vont être mariées à des hommes qu'elles n'ont pas choisis. Contre de l'argent ou pour racheter une dette d'honneur. Si pour Shekiba la vie s'adoucit un peu après son mariage, ce n'est pas le cas pour les trois soeurs, du moins pour deux d'entre elles : Rahima et Parwin. Elles vont être livrées au bon vouloir de leurs belles familles et de leurs maris.

Deux récits racontés en parallèle. Deux histoires qui se sont déroulées à un siècle d'intervalle, et pourtant pas grand chose n'a changé pour les femmes. Elles sont esclaves de leurs maris, de leurs co-épouses qui les jalousent et de leur belle-mère. Celle de Rahima est odieuse avec elle, et pourtant elle se plaint d'avoir eu elle-même une belle-mère tyrannique. Elle avoue en avoir beaucoup souffert, alors je me suis demandée pourquoi elle reproduisait cette attitude avec sa belle-fille : c'est probablement que la loi du plus fort règne partout, même entre les femmes.

Ces deux femmes Rahima et Shekiba m'ont beaucoup touchée. Il y a aussi Khala Shaima : infirme, elle est restée célibataire, n'a bien sûr pas d'enfants et garde un oeil sur ses nièces. Contrairement aux autres femmes, elle ose dire ce qu'elle pense. En leur racontant l'histoire de leur aïeule, elle tente de leur insuffler le courage dont elles vont avoir besoin pour affronter leur destin, de leur communiquer le désir d'émancipation et de liberté qui va leur permettre d'avancer.

C'est un roman superbe, émouvant, poignant même et surtout plein d'espoir. Une fois qu'on l'a ouvert, on a du mal à le refermer tellement on est pris par les soubresauts que subissent les destins de ces deux femmes, et l'écriture fluide de l'auteure ne gâche rien, bien au contraire.

En bref

Un roman bouleversant sur la condition féminine en Afghanistan. A lire absolument.

Merci beaucoup à BABELIO et aux Editions MILADY

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