neigeait

IL NEIGEAIT de Patrick RAMBAUD - 2002 - Editions LE LIVRE DE POCHE - 271 pages

Quatrième de couverture

« Je vous emmène en septembre 1812. Epuisées par des combats et par la faim, les armées de Napoléon arrivent devant les minarets de Moscou. La ville est démesurée, mais où sont les habitants ? La ville est riche, mais où sont les vivres ? Les greniers sont vides, les Russes ont décampé. A peine rencontre-t-on des marchands étrangers, et des comédiens français cachés dans les caves du Kremlin. Soudain, le feu. Le quartier chinois s'embrase, l'incendie gagne vite les maisons de sapin. Les pompes à incendie ont disparu. C'est un piège. Moscou va flamber pendant plusieurs jours. Quand la pluie apaise le feu, l'Empereur décide de s'installer dans les ruines, il croit que le Tsar va négocier une paix, mais non, ses troupes refluent un mois plus tard, grossies par des milliers de civils. Commence alors la fameuse retraite vers la Bérésina. La neige tombe. Les Cosaques harcèlent les égarés. Le froid devient épouvantable. Les fugitifs dépècent leurs chevaux, ils s'entre-tuent pour une pomme de terre gelée, se grignotent les poignets. Trois cent trente mille d'entre eux vont périr dans les steppes. J'ai voulu raconter comment des femmes et des hommes ont supporté cette aventure extrême, civils et militaires mêlés. Ils étaient courageux ou lâches selon les moments, parfois profiteurs, voleurs, amoureux, rusés, endurcis ou faibles. Au-dessus d'eux, Napoléon planait. Il rêvait à l'Europe, à sa monnaie unique, à sa dynastie. Il ne voyait plus la réalité. » Patrick Rambaud.

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Dans Il Neigeait - suite de La Bataille, récit sur la bataille d'Essling l'une des premières défaites de l'Empereur (que je n'ai pas lu) - Patrick Rambaud nous décrit la campagne de Russie depuis l'entrée dans Moscou, jusqu'à la bataille de la Bérézina, puis la fuite de Napoléon vers Paris. Il ne nous livre pas ce récit en tant qu'historien, mais à travers les yeux de ceux qui accompagnaient l'Empereur : le capitaine de Dragons d'Herbigny et son domestique Paulin, Sébastien Roque le jeune secrétaire, les comédiens de la troupe de théâtre, et bien d'autres, depuis les officiers jusqu'aux hommes de troupe. On croise même Henri Beyle, chargé de l'approvisionnement qui deviendra plus tard Stendhal, Caulaincourt, Murat.....

Alors qu'on pensait Napoléon grand stratège et grand meneur d'hommes, on le voit ici sous un tout autre jour : un peu naïf quand il est persuadé que le tzar Alexandre l'attend pour signer la paix, rêveur et mégalomane quand, après être tombé dans le piège de Moscou, l'incendie à peine éteint, il se voit aller jusqu'au Gange sur les traces d'Alexandre le Grand. Lorsque l'hiver glacial s'abat sur la Russie, et que ses troupes commencent à être décimées, il se décide à écouter ses conseillers et à faire demi tour. Mais la route est longue jusqu'à Paris, les cosaques harcèlent les soldats et les civils, la température descend au-dessous de 20 degrés, les hommes meurent autant de leurs blessures que de froid. Ce n'est pas rare de trouver leurs cadavres le matin autour du feu près duquel ils ont dormi, ils perdent leurs membres et ne s'en aperçoivent pas, sont contraints de se réfugier dans les entrailles des chevaux morts pour ne pas geler sur place. Et ce n'est pas fini : un ultime obstacle se dresse sur leur chemin : La Bérézina. Au péril de leur vie les hommes du génie militaire réussissent à construire deux ponts. L'Empereur et quelques uns pourront traverser, mais les cosaques y mettent le feu et tous ceux restés sur la rive n'ont qu'un choix : mourir par le feu ou dans l'eau glacée.

Patrick Rambaud a fait ici un énorme travail de documentation. Ses descriptions sont très détaillées, enrichies de nombreux détails authentiques et parfois effrayants. On assiste vraiment au quotidien de tous ces hommes et ces femmes embarqués à la suite de l'Empereur dans ce désastre. On a vraiment l'impression de vivre cette aventure à leurs côtés. Il ne porte aucun jugement, il raconte tout simplement.......

En bref

Un roman historique absolument passionnant.

stars-10stars-8

Cette lecture entre dans le cadre du challenge

Petit Bac 2015 : Titre avec un pronom personnel sujet

 

petit bac

Le titre Il neigeait a été emprunté à un poème de Victor Hugo : L'Expiation

"Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.

Pour la première fois l'aigle baissait la tête.

Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,

Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.

Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.

Après la plaine blanche une autre plaine blanche.

On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.

Hier la grande armée, et maintenant troupeau.

.........."