Plaisanterie

LA PLAISANTERIE de Milan KUNDERA - Editions FOLIO - Traduction de Marcel AYMONIN - 1968 - 485 pages

Quatrième de couverture

"Oui, j'y voyais clair soudain : la plupart des gens s'adonnent au mirage d'une double croyance : ils croient à la pérennité de la mémoire (des hommes, des choses, des actes, des nations) et à la possibilité de réparer (des actes, des erreurs, des péchés, des torts). L'une est aussi fausse que l'autre. La vérité se situe juste à l'opposé : tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la réparation (et par la vengeance et par le pardon) sera tenu par l'oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais tous les torts seront oubliés. »

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Ludvik Jahn, un brillant étudiant communiste tchécoslovaque de vingt ans s'ennuie de l'absence de sa petite amie Marketa qui suit un stage de formation organisé par le Parti. Les lettres pleines de candeur qu'elle lui envoie l'agacent et pour s'en moquer, il lui écrit en réponse une carte postale avec ces quelques mots : "L'optimisme est l'opium du genre humain ! L'esprit sain pue la connerie. Vive Trotski !" Ce que Ludvik considérait comme une plaisanterie ne plut pas du tout aux membres du Parti. Et il fut exclu définitivement de l'Université ainsi que du Parti. Enrôlé de force dans l'armée, considéré comme un "Noir", un opposant au régime, on l'envoya travailler dans les mines pendant plusieurs années, passage nécessaire pour espérer être réintégré un jour. Lors de ses rares sorties, il fit la connaissance d'une jeune femme qu'il fréquenta pendant plusieurs mois avant qu'elle ne disparaisse sans laisser de traces. Lorsque s'ouvre le roman, Ludvik est retourné dans sa ville natale.

Le récit se déroule sur quatre jours, mais raconte vingt ans de vie, entre 1948, date de la prise de pouvoir par les communistes en Tchécoslovaquie, et les années qui précédèrent 1968 : le printemps de Prague. Le roman est construit en plusieurs chapitres consacrés chacun aux quatre personnages principaux, dont Ludvik, le principal. On a ainsi la vision de chacun sur les événements qui les relient entre eux. Sur une toile de fond historique, c'est une histoire d'amour - ou plutôt "des" histoires d'amour : amour de la femme, amour du système politique - teintées des sentiments les plus divers : intérêt, égoïsme, passion, désir de vengeance, humiliation, révolte, désir de plaire, d'être aimé, mais aussi sentiment de haine. C'est aussi l'histoire d'individus broyés par un régime totalitaire, dont on a volé la jeunesse, piétiné l'enthousiasme. Devenues des victimes, il ne leur reste plus qu'à collaborer avec leurs bourreaux, se donner la mort, ou se laisser dévorer par la haine et le désir de vengeance.

La plaisanterie est un roman très fouillé dense, pas toujours facile à lire, du moins pour moi qui ai trouvé le style un peu lourd. Cette lourdeur accentue le côté dur, sinistre même de l'histoire. Bien que l'auteur ne ressente aucune tendresse pour ses personnages, il en décrit très finement les facettes et les sentiments. Cela n'a pas suffi pour que j'apprécie vraiment cette lecture que j'ai eu du mal à mener jusqu'au bout. Je crois que c'est surtout le style qui m'a freiné, ainsi que le caractère déprimant du récit.

En bref

Un roman qui ne m'a pas séduite du tout.

Les premières phrases

"Ainsi après des années, je me retrouvais chez moi. Debout sur la grande place (qu'enfant, puis gamin, puis jeune homme, j'avais mille fois traversée), je ne ressentais nulle émotion ...."