Charon

TROIS OBOLES POUR CHARON de Franck FERRIC - Octobre 2014 - Editions DENOEL - 301 pages

Quatrième de couverture

Pour avoir offensé les dieux et refusé d'endurer sa simple vie de mortel, Sisyphe est condamné à perpétuellement subir ce qu'il a cherché à fuir : l'absurdité de l'existence et les vicissitudes de l'Humanité. Rendu amnésique par les mauvais tours de Charon - le Passeur des Enfers qui lui refuse le repos -, Sisyphe traverse les âges du monde, auquel il ne comprend rien, fuyant la guerre qui finit toujours par le rattraper, tandis que les dieux s'effacent du ciel et que le sens même de sa malédiction disparaît avec eux. Dans une ambiance proche du premier Highlander de Russell Mulcahy, Trois oboles pour Charon nous fait traverser l'Histoire, des racines mythologiques de l'Europe jusqu'à la fin du monde, en compagnie du seul mortel qui ait jamais dupé les dieux.

*********************************************************

Dans trois Oboles pour Charon, Franck Ferric reprend le thème de Sisyphe. D'après ce que nous disait Homère, Sisyphe avait été condamné par les dieux à faire rouler un rocher jusqu'en haut d'une montagne et inévitablement, celui-ci en redescendait la pente avant même d'atteindre le sommet.  Comme Sisyphe, le héros de Franck Ferric a défié les dieux, ils les a même dupés, échappant à la mort et aux Enfers, et de ce fait est devenu presque leur égal. Cela, les dieux ne peuvent pas le pardonner. Il est condamné à renaître éternellement dans le monde des vivants et toujours au milieu d'un combat. Quelquefois juste un instant, le temps de se faire piétiner par des chevaux, ou blesser mortellement. En effet il lui est impossible de payer les trois oboles que lui demande Charon le gardien des Enfers pour traverser le Styx et ainsi connaître la paix des morts. Entre chacune de ses vies terrestres il se retrouve confronté à ce dilemme et en définitive doit boire l'eau du Léthé qui lui fait tout oublier. Tout, même son nom. Ses seuls repaires sont les tatouages, mutilations et cicatrices qui marquent son corps. A force de questionner Charon il arrivera à en apprendre plus sur lui-même, à commencer par son nom. Celui qu'on appellaitjusqu'alors l'Ours d'Homme ou l'Homme-dans-l'Arbre, pourra enfin dire : Mon nom est Sisyphe.

Dès les premières pages j'ai été saisie par la beauté de l'écriture : riche tant par le vocabulaire que par le style tout en restant fluide. La plume de l'auteur magnifie un récit très documenté sur le plan mythologique et historique. Les descriptions des scènes de batailles  sont époustouflantes. Le rythme est soutenu, haletant, ne laissant aucun répit au lecteur pendant les résurrections du héros, il le laisse un peu souffler lors de ses rencontres avec le passeur Charon le deuxième personnage principal du récit. Les dialogues sont percutants, parfois même savoureux de par le vocabulaire employé. La description des personnages est particulièrement bien soignée ainsi que les ambiances. On pourrait presque se croire au milieu de ces combats, entendre le bruit des armes, le cris des hommes, sentir l'odeur de la terre retournée par les sabots des chevaux et celle du sang et des tripes des blessés et des morts.

Certains lecteurs ont pu être lassés par le côté répétitif des résurrections du héros, chacune de ses vies alternant avec une visite au passeur sur les bords du Styx. J'ai trouvé au contraire que cela renforçait bien l'idée que la malédiction était éternelle et que Sisyphe ne pourrait pas y échapper. De même en suivant Sisyphe à travers des siècles d'Histoire nous ne pouvons que constater que l'homme refait toujours les mêmes erreurs, et le résultat est toujours le même....

"Assis dans la vase du Léthé, Charon avait parlé : mon supplice était d'endurer le rabâchage de l'univers à l'échelle de cette humanité au-dessus de laquelle j'avais autrefois essayé de m'élever. Et ce vers quoi revenait toujours l'humanité, c'était la guerre. Ce qui, à mon jugement me semble être la plus évidente manifestation de la vivacité de l'espèce humaine, ainsi que sa principale motivation à perdurer toujours et encore, c'est le conflit qui oppose et contraint à surmonter l'autre - et soi-même - pour tout, pour rien."

En bref

Cette lecture a été pour moi plus qu'un coup de coeur : une véritable claque.

Note : 9.5/10

Un grand merci aux Editions DENOEL.

denoel