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BELLE FAMILLE - Arthur DREYFUS - 2012- Editions FOLIO - 269 pages

Quatrième de couverture

« Comme s il était surveillé, Madec s interdit la lumière. L obscurité ne faisait pas disparaître les formes, mais les couleurs. Est-ce ainsi que voyaient les gens dans les vieux films ? L enfant ouvrit le tiroir à ustensiles. Il choisit une grande fourchette à viande. »
Ensuite un peu de bruit, et beaucoup de silence.

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Belle Famille : au premier abord j'ai pensé qu'il s'agissait de la famille par alliance, celle du conjoint. Mais dès les premières pages je me suis aperçue que ce n'était pas du tout cela et que la famille dont l'auteur allait nous parler n'était pas jolie, jolie...

Pour Belle Famille, Arthur Dreyfus s'est inspiré d'un fait divers : la disparition de la petite Mady, en vacances au Portugal avec ses parents. Disparition qui n'a jamais été élucidée malgré toutes les hypothèses qui ont été échafaudées à l'époque, entre autre celle d'un accident mortel, qui pour une raison ou une autre aurait été maquillé par les parents en enlèvement.

Dans la famille Macand, il y a les parents Laurence et Stéphane, tous deux médecins cardiologues à l'hôpital de Granville, et les trois garçons, Vladimir, Antonin et Madec. Si les deux premiers se ressemblent : blonds, vifs et chahuteurs, Madec, le deuxième de la fratrie, est un peu à part : un petit rouquin sensible et solitaire, souvent en retrait. La famille Macand part passer quelques jours en Toscane et c'est là, dans un village de vacances que le drame surgit (je n'en parlerais qu'à mots couverts, de façon à ne pas spoiler) : Madec disparait.......

Quelle Belle Famille que les Macand !!! Laurence, la mère, autoritaire, dominatrice et même castratrice tout en se voulant écolo. Stéphane, le père, qui a jeté l'éponge depuis longtemps, écrasé par sa femme, il s'est réfugié dans la lecture de la Bible et la boisson. Et puis celui que l'on n'attendait pas : l'oncle, Tony, le frère de Laurence qui va profiter du désarroi des parents à la suite de la disparition de leur fils, pour prendre les affaires en main, se mettre en avant, et éventuellement s'enrichir. Le policier chargé de l'enquête, lui, est relégué au rang de personnage secondaire. Peu motivé par la résolution de la disparition de Madec puisqu'il ne trouve pas d'indices, il désigne le coupable idéal : un pédophile récemment libéré qui séjournait dans la même résidence que les Macand. Pour lui l'enquête est alors bouclée et il peut s'adonner tranquillement à sa nouvelle liaison amoureuse.

 L'auteur nous dépeint cette famille avec cynisme, humour noir et parfois même cruauté et n'épargne aucun de ses personnages. En plus de cela sa plume est à la fois belle et touchante ce qui aide le lecteur à dépasser le malaise qu'il ressent à l'évocation de certains aspects de ce drame : Le tapage médiatique suite à la disparition de Madec qui va jusqu'à l'intervention du pape et d'un homme politique, et ce qui est le plus glaçant, le plus dérangeant : l'absence d'amour d'une mère pour son enfant qui  l'amènera jusqu'à s'inventer un faux chagrin et s'épanouir dans le mensonge.

Belle famille se lit presque comme un thriller, même si on assiste à la disparition de Madec et qu'on connait l'affaire de la petite Mady dont l'auteur s'est inspiré. Car dès les toutes premières pages il nous a prévenus : "L'écrivain n'est jamais fidèle à la vérité. Il lui préfère sa petite soeur, la vraisemblance"  alors j'ai lu ce roman presque d'une traite, impatiente d'en connaitre le dénouement.

Je remercie beaucoup les Editions FOLIO et LIVRADDICT de m'avoir donné l'occasion de lire ce roman que j'ai beaucoup aimé.

NOTE : 8.5/10